Terreur dans l'hexagone, de Gilles Kepel

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

Terreur dans l'hexagone, de Gilles Kepel

Résumé :

Pendant les dix ans qui séparent les émeutes de l’automne 2005 des attentats de 2015 contre Charlie Hebdo puis le Bataclan, la France voit se creuser de nouvelles lignes de faille. La jeunesse issue de l’immigration postcoloniale en constitue le principal enjeu symbolique. Celle-ci contribue à la victoire de François Hollande aux élections de 2012. Mais la marginalisation économique, sociale et politique, entre autres facteurs, pousse certains à rechercher un modèle d’"islam intégral" inspiré du salafisme et à se projeter dans une "djihadosphère" qui veut détruire l’Occident "mécréant".

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Auteur : Gilles Kepel
Nombre de pages : 352
Edition : Gallimard
Date de parution : Décembre 2015
Prix : 21 euros (Broché) - 14.99 euros (epub)

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Avis / Critique :

Gilles Kepel est chercheur et spécialiste de l'islam. Auteur de nombreux romans concernant ce thème, il intervient régulièrement sur les plateaux télés et nous livre ici un livre publié quelques semaines après les attentats du 13 novembre dans lequel il met en avant les origines de la radicalisation islamique et son rapport avec les thèmes identitaires. 

L'installation de la radicalisation s'est faite pour lui en trois vagues. D'abord, dans les années 80-90 avec la guerre en Afghanistan, la problématique Algérienne et la naissance des Frères Musulmans. 2000, avec l'émergence d'Al Quaida et 2005, avec en France, la montée des violences en Banlieue, une perte de repère chez les jeunes oubliés et "parqués" dans des cités dont, la seule identité connue et reconnue est celle d'être musulman. Ensuite 2010, avec l'émergence de l'EL et un deuxième oubli instauré par les politiques et la société. Les banlieues ont été réaménagées, les vieux immeubles rebâtis, mais l'intégration de sa masse populaire, de toute tendance, aux trois quarts chômeuse, laissée de côté et vivant de trafic pour subsister.

La vague, alors, s'amorce. Les islamistes radicaux émergent avec un discours "le racisme anti-islam". Tout pour eux, est utilisé dès lors pour fustiger la France, rejeter ses valeurs. Tout est matière à propagande : le voile, la laïcité, les prières de rue, l'éducation, l'amitié franco-juive. Toute discussion est estampillée d'"Anti-islam" et tourne en boucle sur les réseaux sociaux. 

A travers son livre, Gilles Kepel analyse cette montée en puissance de l'islam radicale, sa mise en place en moins de trois générations, son moyen de communication, sa propagande, sa déshumanisation, sa portée identitaire, qui effraye non seulement les français de "souche" mais aussi les "Darons", ces Français immigrés de la première heure.

L'irruption du salafisme correspond à une rupture complète avec les valeurs d'une société française désavouée qui a amené les fidèles de troisième génération à construire des communautés closes sur le territoire français à l'instar de la communauté du Syrien (fondée dans les années 70), Abdulilah al-Dandachi (alias Olivier Corel), près de Toulouse et par où passeront la fratrie Merah, Fabien et Jean-Michel Clain (attentat déjoué contre l'église de Villejuif), Thomas Barnouin (Omar al-Madani) qui partira en Syrie, etc.

Une analyse intéressante, qui permet de mieux comprendre les mouvements de radicalisation, les filiations, et leur montée en puissance dans une France meurtrie, mais qui se relève toujours.

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Extrait :

Dans une partie de la jeunesse harkie, dont les parents étaient montrés du doigt comme "traîtes" par les enfants d'immigrés algériens, l'adhésion au salafisme ostentatoire est une manière de s'affirmer avec fierté en délégitimant les rejetons du FLN, liés à l'Etat "apostat" d'Alger et qui s'adonnent parfois à la bière. A Roubaix notamment, ville natale de Nemmouche, les descendants de harkis sont surreprésentés dans le réseau associatif et les mosquées salafistes, comme l'auteur de ces lignes l'a fait observée dans Passion française (Gallimard, 2014).

Le fils de harki Mehdi Nemmouche, stigmatisé de surcroït selon les codes d'honneur de la banlieue populaire comme ould al h'ram (enfant du pêché, bâtard), car de père inconnu, cherche-t-il, lors de sa dernière incarcération, à exociser ses traumatismes par un réislamisation exarcerbée ? Toujours est-il que celle-ci s'effectue par la fréquentation de prisonniers déjà militants, d'abord au centre de détention de Salon de Provence à partir de 2009, où il est signalé par le renseignement pénitentiaire comme islamiste radical, puis surtout dans la maison d'arrêt toulonnaise, où il séjourne de mars 2011 à son élargissement au début de décembre 2012.

Avide d'informations sur les injonctions les plus rigoristes afin d'adhérer à corps perdu à une foi soudainement découverte, il se rapproche d'une association de soutien aux détenus musulmans baptisée Salsabil, du nom coranique d'une fontaine du paradis. Il arbore vite barbe et djellaba et se livre à un prosélytisme ardent auprès des autres prisonniers. Mais son agressivité envers les surveillants, qu'il bombarde de projectiles, le fait placer en quartier disciplinaire puis à l'isolement, jusqu'à la fin de sa peine.

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