Cent ans après, ou l'an 2000 - d'Edward Bellamy

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

Cent ans après, ou l'an 2000 - d'Edward Bellamy

Résumé : Une fiction d'anticipation assez classique au XXIe siècle, mais pas tant que ça en 1888 : un homme se réveille d'une léthargie d'un siècle. L'auteur, par le biais de son personnage qui découvre un monde nouveau, laisse son imagination rêver d'une société future, emprunte d'un communisme idéal et d'une mise à profit judicieuse des progrès scientifiques acquis et à venir, où tous conflits humains pourraient être abolis.

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Auteur : Edward Bellamy
Nombre de pages : 196
Editeur : Hachette Livre BNF
Collection : Les maîtres du roman
Date de parution : 1891 (édition originale) - 2012 (nouvelle édition)
Prix : Domaine public

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Avis / Critique :

C’est la version politique de la belle au bois dormant ou d’Hibernatus ! A Boston, aux états-Unis, Julian West s’endort un soir du XIXème siècle et, par une incroyable accumulation de circonstances, se réveille le matin en septembre 2000 chez le docteur Leete. Ce dernier lui explique alors à quel point le monde a changé…

Le monde que West a quitté est un monde où quelques rentiers oisifs, dont il faisait partie, vivaient confortablement sur le dos de l’énorme masse des misérables. Les troubles sociaux, les crises, la criminalité faisaient le quotidien de l’humanité. Le nouveau monde où il se réveille est un monde d’harmonie, où la misère a disparu. Dans cette société idéale, c’est l’état qui dirige l’économie, et chacun est libre de choisir son métier. L’argent n’existe plus, il est remplacé par une carte de crédit. Chacun gagne le même salaire : il n’y a plus d’inégalités, plus de classes. Les travailleurs prennent leur retraite à 45 ans et peuvent alors pleinement profiter de la vie.

Ce qui intéresse ici l’auteur, Edward Bellamy, c’est de décrire une utopie qui serait crédible. Aussi, une bonne partie du livre est consacrée aux explications détaillées que donnent le docteur Leete à Julian West sur le fonctionnement de la société. Il ne s’agit pas ici d’anticipation scientifique mais politique.

Même si l’auteur n’explique pas comment s’est effectuée la transition politique, on comprend qu’elle s’est faite pacifiquement et n’est pas le fait du parti communiste qui est d’ailleurs dans le livre accusé de collusion avec le capital. La religion, elle, n’a pas été abolie et les personnages font souvent référence à Dieu – Etats-Unis obligent.

Ce qui fait le charme de ce livre, écrit en 1888, c’est bien sûr le regard rétrospectif que l’on peut porter sur ce monde soi-disant idéal. Maintenant que cette science-fiction du XIXème siècle est devenue une uchronie, on peut comparer ce qui est raconté dans le livre à ce qui s’est réellement passé. Et quand on connaît le destin tragique qu’ont connues les utopies au XXème siècle, la naïveté du propos fait sourire et sa crédibilité en prend un coup.

N’empêche, on s’intéresse au monde décrit par le docteur Leete à Julian West. Et puis, même si ce n’est pas le propos principal du livre, il décrit tout de même quelques progrès techniques amusants, comme le système de livraison des marchandises à domicile par pneumatiques ou le téléphone qui diffuse en permanence de la musique jouée en direct et le sermon dominical…

Et, cerise sur le gâteau, l’auteur ajoute à tout cela une intrigue romantique. Il nous réserve même une petite surprise finale dont nous tairons la nature pour ne pas gâcher le suspense.

Donc, même si ce livre n’est pas un chef d’œuvre et même si il n’est pas vraiment prophétique, il est très plaisant à lire par le décalage qu’il y a entre l’époque où il a été écrit et notre époque contemporaine. En somme, un peu comme un vin qui serait devenu gouleyant avec le temps. A lire pour se détendre entre deux dystopies ...

Critique faite par Evil.g

Extrait :

Quand même l’histoire eût été encore plus incroyable, le récit circonstancié, les manières dignes et persuasives, toute la personnalité du narrateur eussent ébranlé l’auditeur le plus sceptique. Je commençais à me sentir très troublé quand, le récit terminé, je m’aperçus, par hasard, dans une glace, qui me faisait vis-à-vis. Je me levai pour me regarder de plus près. Pas un trait de mon visage n’avait éprouvé la moindre altération. Je me voyais tel et aussi jeune que le jour où j’avais soigneusement fait mon nœud de cravate pour aller voir Edith le « Jour de décoration » 1887, c’est-à-dire, à en croire cet individu, cent treize ans auparavant ! Dans cet instant l’énormité de la farce

qui se jouait à mes dépens me frappa plus vivement que jamais. Je bondis avec indignation, j’allais éclater. Mon hôte aperçut le mouvement.

– Vous êtes, sans doute, surpris, me dit-il, de voir qu’après avoir dormi un siècle, ou plus, vos traits n’ont pas vieilli d’une ligne ; mais votre étonnement n’est pas justifié. C’est grâce à l’arrêt total des fonctions vitales que vous avez survécu tant d’années. Si votre corps avait pu subir la moindre altération pendant votre léthargie, il y a longtemps qu’il serait décomposé.

– Monsieur, lui dis-je, en le regardant en face, je suis hors d’état de deviner pour quel motif vous venez me débiter d’un air sérieux des contes à dormir debout. Mais vous êtes vous-même trop intelligent pour supposer qu’à moins d’être un franc imbécile, on puisse ajouter foi à de pareilles histoires. Épargnez-moi la suite de cette stupide machination et, une fois pour toutes, dites-moi si, oui ou non, vous refusez de m’apprendre où je suis et comment j’y suis venu. Si vous persistez, il faudra que j’aille moi-même aux renseignements et nul ne m’en empêchera.

– Ainsi vous ne croyez pas que nous sommes en l’an 2000 !

– Belle demande !

– Eh bien, puisque je ne réussis pas à vous convaincre, vous vous convaincrez vous-même. Êtes-vous assez solide pour me suivre en haut de l’escalier ?

– Je me porte mieux que jamais, repris-je en colère, et je saurai le prouver si cette plaisanterie dure encore longtemps.

– Je vous prie, monsieur, répondit mon hôte, de ne pas trop vous enferrer dans cette idée que vous êtes l’objet d’une plaisanterie, sans quoi, une fois convaincu de la vérité de mes assertions, la réaction pourrait être trop violente.

Le ton préoccupé mais affectueux dont il prononça ces paroles, le calme absolu avec lequel il reçut ma sortie violente, m’intimidèrent singulièrement et je le suivis, en proie à un mélange extraordinaire d’émotions. Il me fit monter deux escaliers, puis un troisième plus court qui aboutissait à une terrasse, située sur le toit de la maison.

« Regardez autour de vous, dit-il, quand nous fûmes sur la plate-forme, et dites-moi si c’est bien la ville de Boston du dix-neuvième siècle. »

À mes pieds s’étendait une grande cité sur des milles et des milles. Dans toutes les directions, de larges avenues, plantées d’arbres et bordées de belles constructions qui, pour la plupart, ne formaient pas des blocs continus, mais étaient dispersées dans des jardins grands et petits. Chaque quartier avait de grands squares ombreux où des statues, des fontaines, brillaient au soleil couchant. De superbes édifices publics, d’une grandeur colossale et d’une architecture magnifique, inconnue de mon temps, dressaient de tous côtés leurs masses imposantes. Assurément, je n’avais jamais vu cette ville, ni rien qui pût lui être comparé. Levant enfin les yeux vers l’horizon, je regardai du côté de l’ouest : ce ruban bleu se glissant sinueusement vers le couchant, n’était-ce point la rivière Charles ? Je me retournai vers l’est ; c’était bien le port de Boston encadré entre ses promontoires et ses îlots : pas un ne manquait à l’appel !

Alors je compris qu’on m’avait dit la vérité, et la prodigieuse aventure dont j’étais le héros.

 

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