La poupée sanglante : La machine à assassiner

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

La poupée sanglante : La machine à assassiner

Résumé :

Bénédict Masson, relieur d'art sur l'île Saint-Louis, est un homme de 35 ans, au physique laid, que toutes les femmes fuient. Malgré tout, il s'éprend de la belle Christine et il va passer ses nuits à l'épier, ainsi que sa famille, pour découvrir leur secret, sans se douter qu'il sera entraîné dans une histoire «sanglante»...


Auteur : Gaston Leroux
Nombre de pages : 229
Collection : Classique
Date de parution : 1923 (1ère édition)
Prix : Domaine public
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Avis / Critique :

Il s’agit d’un roman en deux parties. Les deux pourraient d’ailleurs faire l’objet de 2 critiques différentes : même si l’un est la suite de l’autre, et qu e le ton et le rythme sont complètement différents.
L’action du premier roman, la poupée sanglante, se déroule principalement sur l’île Saint-Louis, à Paris, en 1923. Dans cette île un peu hors du temps on fait la connaissance de Bénédict Masson, relieur d’art et poète que la nature a affublé pour son malheur d’une laideur repoussante. Il est amoureux en secret de la belle Christine, fille de l’horloger d’en face. Malheureusement, celle-ci est déjà fiancée à un cousin qui est aussi un médecin de renom.
Mais à quoi riment les activités mystérieuses dans l’atelier de l’horloger ? Qui est cet homme mystérieux, aussi beau que Bénédict Masson est laid, que Christine cache dans une armoire.
Encore plus étrange : pourquoi Christine insiste-t-elle auprès de Bénédict Masson pour que celui-ci l’accompagne quand elle va chez le marquis de Coulteray, son riche voisin ? De quel mal mystérieux souffre la marquise, pâle et fragile ?
On devine peu à peu de quoi il s’agit, sans que rien ne soit vraiment révélé… Ce premier roman est lui-même divisé en deux parties : la première est le journal de Bénédict Masson, la deuxième est un récit à la troisième personne.

Le deuxième roman, la machine à assassiner, démarre sur les chapeaux de roue. Il est difficile d’en résumer l’intrigue sans risquer de divulguer celle du roman précédent. Disons simplement que l’on retrouve le père de Christine et son fiancé qui traquent le mystérieux inconnu qui a kidnappé Christine.
Ici, le récit est plus décousu et aussi plus humoristique. Le ton est donné dès le début, quand l’auteur retranscrit les dépositions hautes en couleur faites à la police par les premiers témoins du kidnapping. Pour donner un autre exemple, l’un des policiers, M. Lebouc, est surnommé « l’émissaire »…
Les deux romans forment malgré tout un ensemble homogène. C’est toute la force de Gaston Leroux, qui écrivait là un de ces derniers romans, de nous plonger tout d’abord dans un univers mystérieux avant de tout mettre en action – et avec quel entrain.
L’auteur brasse des thèmes qui sont chers au fantastique tels que les vampires ou Frankenstein, mais son approche est plus scientifique que ce que l’on peut voir chez les autres auteurs du genre : on est quelque part entre Mary Shelley, Bram Stocker et Jules Verne.
Même si il a été adapté à la télévision dans les années soixante-dix, ce roman est plutôt moins connu que d’autres œuvres de Leroux, comme le fantôme de l’opéra ou le mystère de la chambre jaune, et c’est bien dommage. Un livre – plutôt deux – à découvrir ou à redécouvrir.

Critique faite par Evil.g

 

Extrait :

Gabriel est mort ! Gabriel est mort ! Le vieux en a fait de la charpie ! Moi, je ne considère plus que cela qui est capital. Le reste s’expliquera après, si c’est absolument nécessaire, mais pour moi, il n’y a de nécessaire que la mort de Gabriel. Il n’est plus entre moi et Christine ! En serai-je beaucoup plus avancé ? Peu importe ! Mon cœur est rafraîchi de tout le sang que le vieux a répandu !
Elle ne posera plus sa tête sur l’épaule de ce jeune homme, beau comme un demi-dieu, et je ne les verrai plus s’embrasser. Que vont-ils faire du cadavre ? J’ai attendu toute la nuit, mais la porte de l’atelier ne s’est pas rouverte.
Alors, n’en pouvant plus de fatigue et d’émotion, je suis redescendu chez moi, je me suis jeté sur mon lit et je me suis endormi dans une allégresse immense. Au réveil, j’avais l’âme encore en fête : Gabriel est mort !
Oh ! ce cri de triomphe au seuil de la vie retrouvée !
Ce cœur est grave et joyeux qui saigne dans ma poitrine ! Comment osé-je écrire de tels mots de feu ! Me réjouir d’un lâche assassinat ! Ah bah ! moi aussi j’opte pour le principe de Schelling : « Les esprits supérieurs sont au-dessus des lois ! » Suis-je un esprit supérieur ? Peut-être oui ? Peut-être non ? Mais à coup sûr, je suis un maudit supérieur !
Et cela comporte des droits que ne comprennent point les autres créatures… depuis que je suis au monde, Dieu m’a tenté ! Attention ! assez divagué !… assez se vautrer dans le sacrilège… Redescendons sur la terre… Voici la femme de ménage qui vient frapper à la porte de la boutique.
D’ordinaire, à cette heure – huit heures –, le vieux est déjà derrière ses rideaux, penché sur ses roues carrées et Mme Langlois n’a qu’à pousser la porte. Mais, aujourd’hui, les volets sont encore en place. La mère Langlois – que je connais bien puisqu’elle me sert, comme femme de ménage, moi aussi – est toute désemparée. Elle frappe. Elle frappe de son poing desséché et impatient. Enfin on lui ouvre. C’est le vieux. Elle entre et M. le prosecteur sort tout de suite dans la rue, presque en courant ! Il doit être en retard pour son cours. Je le regarde bien au passage. À part ses sourcils froncés, il me paraît aussi insignifiant que tous les jours.
La porte de la boutique est restée entrouverte ; je n’aperçois plus le vieux ! Ah ! entrer là-dedans ! Moi qui sais ! moi qui pourrais voir !… car on s’arrangera bien pour que la mère Langlois ne voie rien, elle ! mais, moi !… Et tout à coup, sans plus réfléchir, je saisis mon stock de peaux et je traverse la rue et j’entre dans la maison du crime… Je traverse la boutique, la petite salle à manger qui se trouve derrière cette première pièce et dans laquelle la mère Langlois accomplit déjà les gestes de sa fonction. Le balai en main, elle m’interpelle au passage, mais je suis déjà dans le jardin.
Là, je me heurte au vieux Norbert stupéfait, anéanti devant cet événement extraordinaire : un audacieux a osé franchir les cinq mètres carrés de sa boutique et se promène dans son jardin comme chez lui !
« Que voulez-vous, monsieur ? finit-il par marmotter en fixant sur moi des yeux gris d’une hostilité aiguë.
– Monsieur, je suis le relieur.
– Mais je croyais que ma fille s’était entendue avec vous ? »
Et il a ajouté quelques paroles entre ses dents d’après lesquelles je crus comprendre que Christine avait donné à la visite qu’elle m’avait faite une importance qui lui avait servi de prétexte à ne pas accompagner l’horloger et son neveu dans la promenade du dimanche.
À ce moment, la voix de Christine se fit entendre derrière nous :
« Laisse monter monsieur, papa !… »
Je ne me le fis pas dire deux fois et sans attendre la permission du vieux, que je laissai un peu désemparé, je gravis en hâte l’escalier qui conduisait à l’atelier sur le balcon duquel Christine restait penchée.
Elle était aussi calme que je l’avais vue la veille chez moi et rien dans son air, dans sa physionomie, ne présentait le moindre reflet du terrible drame de la nuit.
Quelles étaient mes pensées alors ? Aurais-je pu le dire ? J’allais me trouver dans cette pièce où je savais que nul ne pénétrait jamais qu’elle, Christine, son père et son fiancé – et leur victime – et cela quelques heures après l’assassinat ! et c’était Christine elle-même qui, du geste le plus naturel, m’en poussait la porte.
Mes yeux étaient allés tout de suite aux solives du balcon, au plancher de l’atelier, à la table, au bahut, comme si je devais fatalement y trouver les traces sanglantes du crime. C’était enfantin ! Du moment qu’elle me recevait là, c’est que le nécessaire avait été fait ! Le nécessaire ? Le plancher ne paraissait même pas balayé… Rien, rien, rien dans cette longue pièce où le jour pénétrait à flots n’eût pu retenir le regard le plus averti – le mien – qui avait vu assassiner Gabriel !

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