Fils de Gonzo

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

Fils de Gonzo

Résumé : Inventeur d’un genre littéraire, le gonzo, Hunter S. Thompson était le wild man de la presse américaine, mais aussi et surtout l’un des grands auteurs du XXe siècle. Il se mettait en scène comme élément principal de ses reportages, écrivait sur les gangs de motards et la contre-culture des années 1960, sur les élections présidentielles et les drogues psychédéliques. Et vivait une vie sulfureuse animée par un cocktail d’alcool et de cocaïne… jusqu’à son suicide, en 2005.
Dans Fils de gonzo, Juan F. Thompson raconte l’histoire de ce père pas comme les autres et se confie sur son enfance, forcément compliquée quand on est élevé par l’auteur génial mais fou de Las Vegas parano.


Auteur : Juan F. Thompson
Nombre de pages : 352
Edition : GLOBE
Date de parution : 22 mars 2017
Prix : 22€ (broché) - 15.99€ (epub, mobi)

Avis / Critique :  

Pas facile d’être un fils de, surtout quand son père est l’auteur de Las Vegas Parano, un père imprévisible, alcoolique, drogué, chez qui défilent un tas d’amis, qui dort le jour et vit la nuit, quand il n’est pas à l’autre bout du pays pour préparer un livre... Forcément, ça laisse des traces. C’est ce que nous raconte Juan Thompson, fils de Hunter Thompson, l’inventeur du gonzo, un journalisme écrit à la première personne assumant totalement sa subjectivité.
Né en 1964, il a très vite appris à détester son père auquel il reproche son absence, son désintérêt, sa méchanceté. Un père qu’il ne faut pas réveiller quand il rentre de l’école ou qui oublie systématiquement ses anniversaires. Sa haine pour Hunter culmine avec la séparation de ses parents et les déchirures du divorce qui suivra. Juan est persuadé que son père le déteste, il devient très proche de sa mère, voire fusionnel.
Pourtant, petit à petit, il va se rendre compte que son père l’aime. A sa façon, mais d’un amour sincère. Et le livre, passé l’adolescence, raconte comment le fils finit par se réconcilier avec ce père si particulier, sa douleur quand ce dernier se suicide à 67 ans et jusqu’à l’apothéose finale, une cérémonie funéraire hollywoodienne au fond des montagnes du Colorado.
Le livre est écrit dans l’ordre chronologique, chaque chapitre correspond à une période de la vie de l’auteur. Au début de chacun d’entre eux se trouve une rapide résumé de la carrière de Hunter Thompson, ce qui n’est pas très utile en fait. Par contre, une courte biographie nous est opportunément proposée en avant-propos. On trouve aussi ça et là quelques photos de famille, cela rend le récit plus concret, mais la reproduction n’est pas d’une qualité parfaite.

Au-delà des relations entre Juan et Hunter, ce livre traite des relations père-fils en général et chaque homme pourra y trouver des similitudes ou non avec sa propre histoire. Le pauvre Juan, binoclard, timide, puceau tardif, solitaire est tout le contraire de son père grande gueule, qui sort toujours avec des belles filles bien plus jeunes que lui, qui aime la vitesse et les armes à feu, qui a plein d’amis…
Dans les premiers chapitres, qui se déroulent dans les années 60 et 70, il évoque aussi entre les lignes toute la contre-culture de l’époque et son influence sur l’éducation des enfants. Car ces adultes, jouisseurs, qui boivent ou qui se droguent, qui n’aiment pas l’autorité, ne sont pas forcément des bons parents. D’ailleurs, Hunter le reconnait un jour. Le petit Juan va à l’école expérimentale ou prend du LSD à 14 ans… mais du coup se retrouve complètement largué et solitaire quand il va à l’université sur la côte est.
Le livre n’est pas exempt de défauts. Par exemple, il est difficile de comprendre les raisons de la haine profonde que Hunter inspire à son fils. Peut-être n’a-t-il pas en mémoire assez d’exemples concrets de sa méchanceté. Car il faut reconnaître à l’auteur son honnêteté et sa sincérité : dès le début, il annonce la couleur en signalant que ce livre est basé essentiellement sur ses souvenirs et est donc forcément imparfait.

C’est un beau témoignage, qui éclaire d’un œil nouveau l’œuvre de Hunter Thompson et qui donne envie de le découvrir ou redécouvrir, et une belle aventure entre un fils et son père, qui apprennent à se découvrir et à s’aimer.
Critique faite par Evil.g

Extrait :  

Pendant un certain temps, ce fut comme si ma mère et moi n’avions jamais quitté Hunter. Chacun a repris sa place et son rythme, sans les bagarres nocturnes. Nous ne parlions pas de ce qui s’était passé, il n’y avait pas de séance de thérapie familiale, la vie a repris son cours comme si la police n’était jamais venue à la maison et que notre virée en Californie n’avait été qu’une visite estivale à des amis de longue date.
Mais, évidemment, ça ne pouvait pas durer. Dans le fond, rien n’avait changé, et les anciennes dynamiques ont repris le dessus ; des bagarres ont de nouveau éclaté, ponctuées de cris, de verre ou de poteries brisés, la brutalité verbale de Hunter, les pleurs hystériques de Sandy. De nouveau, je me suis retrouvé au milieu de la cuisine, observateur et juge sévère de mon père quand les disputes devenaient trop bruyantes et duraient trop longtemps, me forçant à quitter l’obscurité de ma chambre. Le reste du temps, je me blottissais dans mon lit en essayant de ne pas entendre ce que j’entendais. J’avais l’impression que c’était reparti pour durer éternellement.
C’est devenu insupportable même pour nous, famille habituée à tant de malheurs. Un soir, ma mère a de nouveau appelé la police et, cette fois-ci, deux agents de la Colorado State Patrol sont venus, un homme et une femme. Hunter a tenté la même approche que les fois précédentes, leur assurant avec calme que ma mère était ivre et en plein délire, et qu’il n’était pas nécessaire qu’ils interviennent. J’assistais à la scène, en pyjama et de plus en plus en colère. Sandy a annoncé à Hunter qu’elle et moi partions le soir même. Elle a pris un tiroir rempli de vêtements et l’a emporté vers la porte d’entrée. Hunter l’a alors accusée de voler des biens lui appartenant et lui a arraché le tiroir des mains. J’ai commencé à hurler après Hunter, le traitant de salaud, d’enfoiré, je me suis brusquement jeté sur lui et l’ai frappé de mes petits poings. Un des agents de police m’a immobilisé jusqu’à ce que je me calme. J’ai alors compris le sentiment d’impuissance éprouvé par ma mère devant la force de Hunter, son intelligence, ses mensonges, sa malice. Je le détestais. Je le détestais profondément et totalement. Si j’avais pu convoquer une colère divine pour le foudroyer, je l’aurais fait sur le champ, j’aurais voulu qu’elle s’abatte sur lui dans l’instant. Il était plus qu’effrayant, il était délibérément et sciemment cruel – il était diabolique. Je l’aurais moi-même anéanti si j’avais pu, je l’aurais fait pour moi et pour ma mère.
Les policiers ont retenu Hunter pendant que ma mère et moi prenions quelques vêtements et montions dans la voiture. Cette fois, Hunter ne pouvait plus nous arrêter. Les deux personnes les plus importantes de sa vie s’en allaient et il ne pouvait pas les en empêcher. Il a perdu son sang-froid. Il n’a pas été violent mais, jusqu’à ce qu’on s’en aille, il a proféré un chapelet d’insultes et de menaces à l’encontre à la fois de ma mère et des agents de police. Je ne sais plus où nous sommes allés dormir ce soir-là. Je ne sais plus ce qu’on avait emporté, sans doute pas grand-chose.

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