Alzheimer, le grand leurre - d'Olivier Saint-Jean

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

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Résumé : Interne dans les services de gériatrie dans les années 80, le professeur Olivier Saint-Jean a vécu un double phénomène : il a vu la médecine soigner enfin les vieux et, parallèlement, la maladie d'Alzheimer remplacer progressivement les démences séniles, faute d'une réflexion scientifique sur le vieillissement. On n'était plus vieux, on était malade ; on ne perdait plus la tête, on avait l'Alzheimer...

Auteurs : Olivier Saint-Jean et Eric Favereau
Nombre de pages : 168
Editeur : Michalon
Date de parution : 19 avril 2018
Prix : 17€ (Broché) - 10.49€ (occasion)
ISBN : 978-2841868711

 

Avis / Critique  

Et si une maladie était une construction sociale ? Si le succès de la maladie d'Alzheimer était surtout la dérive d'une évolution qui a transformé la vieillesse en pathologie ? Une maladie au diagnostic si flou que les traitements sont inefficaces. Notre cerveau est comme un château, il a d’innombrables pièces et avec le grand âge, les pièces se ferment. Le cerveau et ses capacités cognitives sont victimes d'une obsolescence programmée.
C'est un fait et c'est normal.
On reste alors confronté à l'incapacité d'améliorer les fonctions intellectuelles lorsqu'elles sont altérées, mais comme il faut rapporter tous les symptômes à une maladie, y compris les troubles cognitifs, on va exhumer une pathologie dépeinte au début du XXe siècle et presque totalement tombée dans l'oubli :
Le 26 novembre 1901, le docteur Alois Alzheimer se penche sur le dossier d'une malade dont le discours est émaillé de trous, de déraillements paraphrasiques. Son cerveau est atrophié, particulièrement au niveau du cortex. Alzheimer aura travaillé sur seulement sur 5 cas, Kraepelin travaille aussi sur ce genre de cas, puis pendant 50 ans, tout le monde passe à autre chose.
La sénilité ou le gâtisme deviennent un mot fourre-tout appliqué à toute personne de 60 ans. La détérioration cérébrale reste perçue comme un phénomène normal des personnes âgées. Il faut attendre 1948 pour que les choses bougent et surtout les années 60/70 où l'espérance de vie devient plus longue et les sénilités avec.
C'est le professeur Katzman qui classera toutes ces sénilités et pré-sénilité sous le nom  de maladie d'Alzheimer et en fera un concept unique et clinique.
Alzheimer devient alors la maladie du siècle à l'épidémie grimpante.

Le Professeur Olivier Saint-Jean et Eric Favereau se penchent sur la question de cette maladie et remontent son histoire, rapportent ce qui a fait du  nom d'un médecin obscur un concept clinique. Les deux auteurs nous entraînent au cœur des essais pharmacologiques avec la naissance de la tacrine, du Cognex, de l'Aricept et autres médicaments inutiles aux effets parfois dévastateurs qui ont fini par êtres déremboursés. Ils nous montrent comment le marketing a fait de ce concept aux multiples champs, une maladie fourre-tout de diverses sénilités : pré-sénilité, sénilité, déclin cognitif normal, démence et autres pour ne plus faire qu'un seul et jusqu'à amener un test (le MMS) pour la mesurer.

C'est une vérité qui reprend place à travers le livre du professeur Olivier Saint-Jean et d'Eric Favereau.
Cet Alzheimer, le grand leurre est un essai à lire pour comprendre comment on en est arrivé là.

 

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Extrait

1.
De la découverte au triomphe,
en passant par l’oubli

 

Parfois, il y a un point de départ aux histoires. C'était il n’y a pas si longtemps. Le siècle débutait tout juste. Freud avançait à pas de géants. Son amitié avec Wilhelm Fliess, sa collaboration avec Josef Breuer, l’influence de Jean-Martin Charcot et des théories sur l’hypnose que développait alors l'École de la Salpêtrière l’avaient conduit à repenser les processus psychiques et à jeter les bases d’une nouvelle clinique. L’inconscient émergeait. Les troubles mentaux sortaient du vide. En 1901, Eugen Bleuler, avec qui Freud correspond, se dit « impressionné par L’Interprétation des rêves que Sigmund Freud a publiée l’année précédente ».
La psychanalyse est là, elle commence à investir tout le champ des troubles mentaux. Et à la même époque, presque au jour près, le Dr Alois Alzheimer se retrouve dans son bureau et se penche sur le dossier d’une malade.
Nous sommes le 26 novembre 1901. Il est médecin chef à l’asile d’aliénés et d'épileptiques de Francfort-sur-le-Main (Allemagne).
Une journée comme tous les jours.
Il s’attarde sur l’histoire d’une femme âgée de
51 ans, Auguste Deter. Une femme ordinaire, épouse d’un employé au bureau des chemins de fer. Elle a été hospitalisée la veille et certains troubles étonnants apparaissent. Alois Alzheimer va la voir. Et ce jour-là, comme il le racontera plus tard, elle le regarde puis s’assoit sur son lit, l’air hébété :
– Quel est votre nom ?
– Auguste.
– Votre nom de famille ?
– Auguste.
– Quel est le nom de votre mari ?
– Auguste, je crois.
– Votre mari ?
– Ah, mon mari !
Elle semble ne pas comprendre la question.
– Êtes-vous mariée ?
– À Auguste. Oui, oui, Auguste.

Peu d'échanges. « Quand on lui montre des objets, elle ne se souvient pas, elle a oublié après un court instant tout ce qu’elle a vu. Elle parle continuellement de jumeaux. Quand on lui demande d'écrire, elle tient le cahier de telle façon qu’elle donne l’impression d’avoir perdu une partie du champ visuel droit », écrit Alois Alzheimer.

Dans la soirée, nouvel entretien : son discours spontané est émaillé de trous, de déraillements paraphrastiques et de persévérations. (Rapport concis sur l'évolution de la maladie entre le 29 juin 1905 et le 8 avril 1906). Les jours suivants, cette femme hésite, au mieux elle marmonne. Quand on l’interroge, elle alterne les réponses de bon sens avec les erreurs, puis les propos incohérents, et parfois les mots partent dans tous les sens.

Le docteur Alzheimer est intrigué, surtout par le jeune âge de cette femme. Il quitte cet établissement deux ans après, mais il suit de loin cette patiente. Il écrira un peu plus tard : « Les signes cliniques sont tout à fait curieux. (...) Voilà une femme à l'âge de la ménopause qui, sans avoir connu précédemment de troubles mentaux, se retrouve soudain totalement désemparée, pratiquement en état de cécité psychique. Au début, les champs de perception ont semblé peu atteints mais la perte de mémoire était flagrante. L'élocution et l'écriture étaient parfois troublées. »

Auguste Deter meurt le 8 avril 1906. Comme il ne s'était jamais trouvé confronté à des cas semblables, le Dr Alzheimer obtient de la famille la permission de pratiquer une autopsie sur sa patiente. Il constate un cerveau atrophié, particulièrement au niveau du cortex – cette fine couche extérieure de matière grise impliquée dans la mémoire, le langage, le jugement et la pensée en général. Poursuivant son examen au microscope, il utilise la technique dite d’imprégnation argentique (à base de sels d’argent) pour colorer ses fines tranches de tissu cérébral. Deux types de dépôts anormaux apparaissent alors à l’intérieur et entre les cellules nerveuses. C’est la première fois qu’Alois Alzheimer les observe chez une personne aussi jeune.

Le 4 novembre 1906, lors de la 37e Conférence des psychiatres allemands à Tübingen en Allemagne, Alois Alzheimer décrit pour la première fois l’histoire de cette patiente avec cette « maladie particulière du cortex cérébral ». Il ne sait quoi en dire. A-t-il identifié une nouvelle maladie, inconnue jusque-là ? À ses yeux en tout cas, cela ne lui paraît pas s’imposer. Un an plus tard, en 1907, Alzheimer se décide à publier un article, intitulé « Une maladie caractéristique grave du cortex cérébral ». Il redétaille l’histoire de cette femme de 51 ans qui présentait, « parmi les premiers symptômes de sa maladie, un fort sentiment de jalousie envers son mari ». Puis : « Elle montra très vite des signes de dégradation importante de la mémoire ; elle était désorientée, elle déplaçait les objets n’importe où dans son appartement et les cachait. Parfois elle avait l’impression que quelqu’un cherchait à la tuer, ce qui la faisait hurler. Elle mourut après quatre ans et demi de maladie. »

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