Irak : Les hommages affluent après l'assassinat d'un écrivain en pleine rue

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

 

Le meurtre d'Alaa Mashzoub, abattu de 13 balles dans la ville sainte chiite de Kerbala samedi soir, a suscité l'émoi et l'indignation du milieu culturel.
Il était notamment connu pour son regard critique sur la politique et la religion dans son pays.

 

Avec sa disparition s'éteint un amoureux des mots et de la paix.
Alaa Mashzoub, romancier prolifique de 50 ans, a été sauvagement abattu de 13 balles par un individu circulant à moto, après avoir quitté un évènement littéraire dans la ville. Un assassinat dû à ses prises de position vis-à-vis de la politique irakienne ? «Cette tuerie n'a pas encore été revendiquée et l'on ignore quel est le mobile du crime», a indiqué la police de Kerbala

«On assassine la parole libre, belle et honnête», a affirmé à l'AFP Ali Lefta Saïd, lui-même écrivain, qui a participé à un sit-in avec d'autres intellectuels et artistes de Kerbala, à une centaine de kilomètres au sud de la capitale Bagdad.

«Il faut être bien lâche pour tirer avec une arme sur quelqu'un qui n'a que des mots et des rêves», a écrit sur sa page Facebook Ahmed Saadawi, dont le roman Frankenstein à Bagdad a connu le succès bien au-delà des frontières irakiennes. «Honte aux meurtriers et honte aux autorités si elles ne les trouvent pas et ne les jugent pas rapidement», a-t-il ajouté.

Les hommages rendus à ce grand amoureux de Kerbala se multiplient. Tout comme les messages d'indignation, jusqu'au sein du Parlement où la commission en charge de la Culture assure suivre l'enquête. «La scène culturelle a perdu un auteur et créateur original», a déclaré dimanche le ministre de la Culture et du Tourisme, Abdoul Amir al Hamdani. En revanche, tous se refusent à pointer du doigt de potentiels coupables, se contentant d'évoquer «des parties non identifiables» dans un pays ravagé par les violences depuis des décennies et où se sont multipliés les groupes armés aux diverses allégeances.

Alaa Mashzoub, écrivain audacieux était connu pour ses critiques vis-à-vis de l'ingérence étrangère dans les affaires du pays. Il n'avait pas peur de parler de tabous politiques et religieux dans ses écrits.

L'Union des écrivains d'Irak a condamné l'assassinat et reproché aux forces de sécurité de ne pas assurer efficacement la sécurité des intellectuels. Alaa Mashzoub, qui était actif au sein de la société civile de Kerbala, est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles qui lui ont valu des prix littéraires dans son pays.

Le Centre pour les Droits de l'homme du Golfe (GCHR) a quant à lui, publié une déclaration condamnant l'assassinat de Mashzoub et exprime sa «profonde préoccupation face à la violation du droit à la liberté d'expression», et ajoute que «l'impunité persistante dans les meurtres de journalistes et d'écrivains en Irak laisse perdurer une culture de la violence. Les auteurs de tels crimes ainsi que les auteurs doivent être traduits en justice».

Dimanche, le cercueil d'Alaa Mashzoub était enveloppé dans un drapeau irakien. Certaines personnes brandissaient des banderoles avec le mot «martyr» et déambulaient le long d'une artère animée de la ville de Kerbala, dont la signification «terre de la souffrance et du croisement des sabres» prend tout son sens.

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Source :
- Ajebli, Amale, agence, AFP

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