Claudine à l'école, de Colette

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

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Résumé Un titre bien sage pour un roman qui l’est moins. Claudine le reconnaît : « Vrai, cette école n’est pas banale ! » Comment pourrait-elle l’être ? Les élèves ont des personnalités peu communes : la grande Anaïs, que Claudine qualifie de menteuse, filouteuse, flagorneuse, traîtresse, possède en outre « une véritable science du comique » ; les Jaubert sont agaçantes à force de sagesse ; Marie Belhomme, « bébête, mais si gaie » ; Luce, charmeuse autant que sournoise ; et les autres, « c’est le vil peuple ».

Auteure : Colette
Nombre de pages : 252
Édition : Le Livre de Poche
Collection : Littérature & Documents
Date de parution : 1er avril 1978
Prix : 5.70€ (poche) - 7.95€ (Broché) -0.98€ (occasion)
ISBN : 978-2253010487

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Avis / Critique :


1er opus de la saga des Claudine, initialement paru sous le patronyme de Willy, le mari de Colette, ce retour à l'école est comme un bonbon que l'on mange, plein de truculence.
A peine romancé et surtout tiré des souvenirs de son auteure, ce premier roman nous ramène dans cette école rurale du début du 20ème siècle où l'on ne mêlait pas filles et garçons mais où chacun trouvait le moyen de se rencontrer et de transgresser les interdits. Et interdits, il y en a dans ce Claudine à l'école, puisqu'il raconte notamment les premiers élans amoureux qui se nouent entre l'héroïne et sa jeune institutrice, puis entre l'institutrice et la maitresse d'école en chef.

C'est l'éveil des émois, l'éveil de l'âge adulte mâtiné encore des gamineries enfantines, d'une certaine espièglerie, un retour vers une époque qui semble lointaine et pourtant pas tant que cela, teintée de nostalgie pour ceux qui ont vécus entre les deux.
Claudine, à contrario de Colette, est dans ce roman fille unique, un peu délaissée par un père qui est tout tourné vers ses activités bucoliques, mais se montre aimant malgré tout et surtout offre à son enfant l'amour des livres et une liberté d'action.
Et cette liberté transpire à travers les pages de ce livre où Claudine se montre quelque peu rosse avec ses amies d'école, n'hésitant pas à leur donner une correction quand son orgueil est piqué au vif, à se montrer insolente envers ses aînés, cajoleuse et moqueuse avec les hommes, et parfois tendre et grande sœur envers les plus petits.

A travers ce Claudine à l'école, on assiste justement au contenu donné par cette école d'autrefois en matière de calcul, de français, la broderie, le chant, la calligraphie puisque tout nous y est offert. Et c'est d'ailleurs le moment le plus long du livre dans sa troisième partie où Claudine et certaines de ces camarades passent leur certificat tout en n'oubliant pas de tricher sous les yeux des instituteurs chargés de les surveiller, inventant tout et n'importe quoi pour le faire.

Le plus amusant finalement tient dans la gouaille de la gamine effrontée où l'argot et le français de l'époque se mêlent jusqu'à nous faire rire tout haut.

Voilà une promenade espiègle située au travers d'une époque révolue, dure, mais aussi plus libre dans la parole, les gestes, les amours où l'homosexualité n'était pas défini avec ce terme et qui était plus monnaie courante que l'on ne pense.
Une première et deuxième partie excellente, une troisième plus longue et moins intéressante.

 

 

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Claudine à l'école, de Colette (La critique du livre) "www.audetourdunlivre.com"

Extrait :

– Allons, Claudine, vous savez votre alphabet, je pense ?
– Bien sûr, Mademoiselle, je sais aussi un peu de grammaire anglaise, je pourrais très bien faire cette petite version-là... on est bien, s’pas, ici.
– Oui, très bien.
Je demande, en baissant un peu la voix pour prendre le ton de nos bavardages :
– Est-ce que mademoiselle Sergent vous a parlé de mes leçons avec vous ?
– Oh ! presque pas. Elle m’a dit que c’était une chance pour moi, que vous ne me donneriez pas de peine, si vous vouliez seulement travailler un peu, que vous appreniez avec une grande facilité quand vous vouliez bien.
– Rien que ça. C’est pas beaucoup ! Elle pensait bien que vous me le répéteriez.
– Voyons, Claudine, nous ne travaillons pas. Il n’y a en anglais qu’un seul article... etc., etc.
Au bout de dix minutes d’anglais sérieux, j’interroge encore :
– Vous n’avez pas remarqué qu’elle n’avait pas l’air contente quand je suis venue avec papa pour demander de prendre des leçons avec vous ?
– Non... Si... Peut-être, mais nous ne nous sommes presque pas parlé le soir.
– Ôtez donc votre jaquette, on étouffe toujours chez papa. Ah ! comme vous êtes mince, on vous casserait ! Vos yeux sont bien jolis à la lumière.

Je dis ça parce que je le pense, et que je prends plaisir à lui faire des compliments, plus de plaisir que si j’en recevais pour mon compte. Je demande :
– Vous couchez toujours dans la même chambre que mademoiselle Sergent
Cette promiscuité me paraît odieuse, mais le moyen de faire autrement ! Toutes les autres chambres sont déjà démeublées, et on commence à enlever le toit. La pauvre petite soupire :
– Il faut bien, mais c’est ennuyeux comme tout ! Le soir, à neuf heures, je me couche tout de suite, vite, vite, et elle vient se coucher après, mais c’est tout de même désagréable, quand on est si peu à son aise ensemble.
– Oh ! ça me blesse pour vous, énormément ! Comme ça doit vous assommer de vous habiller devant elle, le matin ! Je détesterais me montrer en chemise à des gens que je n’aime pas !
Mademoiselle Lanthenay sursaute en tirant sa montre :
– Mais enfin, Claudine, nous ne faisons rien ! Travaillons donc !
– Oui... Vous savez qu’on attend de nouveaux sous-maîtres ?
– Je sais, deux. Ils arrivent demain.
– Ça va être amusant ! Deux amoureux pour vous !
– Oh ! taisez-vous donc. D’abord tous ceux que j’ai vus étaient si bêtes que ça ne me tentait guère ; je sais déjà leurs noms, à ceux-ci, des noms ridicules : Antonin Rabastens et Armand Duplessis.
– Je parie que ces pierrots-là vont passer vingt fois par jour dans notre cour, sous prétexte que l’entrée des garçons est encombrée de démolitions...
– Claudine, écoutez, c’est honteux, nous n’avons rien fait aujourd’hui.
– Oh ! C’est toujours comme ça le premier jour. Nous travaillerons beaucoup mieux vendredi prochain, il faut bien le temps de se mettre en train.

Malgré ce raisonnement remarquable, mademoiselle Lanthenay, impressionnée de sa propre paresse, me fait travailler sérieusement jusqu’à la fin de l’heure ; après quoi je la reconduis au bout de la rue. Il fait nuit, il gèle, ça me fait peine de voir cette petite ombre menue s’en aller dans ce froid et dans ce noir, pour rentrer chez la Rousse aux yeux jaloux.

Cette semaine nous avons goûté des heures de joie pure, parce qu’on nous employa, nous, les grandes, à déménager le grenier, pour en descendre les livres et les vieux objets qui l’encombraient. Il a fallu se presser ; les maçons attendaient pour démolir le premier étage. Ce furent des galopades insensées dans les greniers et les escaliers; au risque d’être punies, nous nous aventurions, la grande Anaïs et moi, jusque dans l’escalier conduisant aux chambres des instituteurs, dans l’espoir d’entrevoir enfin les deux nouveaux sous-maîtres demeurés invisibles depuis leur arrivée...

Hier, devant un logis entrebâillé, Anaïs me pousse, je trébuche et j'ouvre la porte avec ma tête. Alors nous pouffons et nous restons plantées sur le seuil de cette chambre, justement une chambre d’adjoint, vide, par bonheur, de son locataire ; nous l’inspectons rapidement. Au mur et sur la cheminée, de grandes chromolithographies banalement encadrées : une Italienne avec des cheveux foisonnants, les dents éclatantes et la bouche trois fois plus petite que les yeux ; comme pendant, une blonde pâmée qui serre un épagneul sur son corsage à rubans bleus. Au-dessus du lit d’Antonin Rabastens (il a fixé sa carte sur la porte avec quatre punaises), des banderoles s’entrecroisent, aux couleurs russes et françaises. Quoi encore une table avec une cuvette, deux chaises, des papillons piqués sur des bouchons de liège, des romances éparpillées sur la cheminée, et rien de plus. Nous regardons tout sans rien dire, et tout d’un coup nous nous sauvons vers le grenier en courant, oppressées de la crainte folle que le nommé Antonin (on ne s’appelle pas Antonin !) ne vienne à monter l’escalier ; notre piétinement, sur ces marches défendues, est si tapageur qu’une porte s’ouvre au rez-de-chaussée, la porte de la classe des garçons, et quelqu’un se montre, en demandant avec un drôle d’accent marseillais : « Qu’est-ce que c’est, pas moins ? Depuis demi-heure j’entends des chevox dans l’escalier ». Nous avons encore le temps d’entrevoir un gros garçon brun avec des joues bien portantes... Là-haut, en sûreté, ma complice me dit en soufflant :
– Hein, s’il savait que nous venons de sa chambre !

– Oui, il ne se consolerait pas de nous avoir ratées.
– Ratées ! reprend Anaïs avec un sérieux de glace, il a l’air d’un gars solide qui ne doit pas vous rater.
– Grande sale, va !

Et nous poursuivons le déménagement du grenier ; c’est un enchantement de farfouiller dans cet amas de livres et de journaux à emporter, qui appartiennent à mademoiselle Sergent. Bien entendu, nous feuilletons le tas avant de les descendre et je constate qu’il y a là l’Aphrodite de Pierre Louÿs, avec de nombreux numéros du Journal Amusant. Nous nous régalons, Anaïs et moi, émoustillées d’un dessin de Gerbault : Bruits de couloirs, des messieurs en habit noir occupés à chatouiller de gentilles danseuses de l’Opéra, en maillot et en jupe courte, qui gesticulent et piaillent. Les autres élèves sont descendues ; il fait sombre dans le grenier, et nous nous attardons à des images qui nous font rire, des Albert Guillaume, d’un raide !

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