Ombres et mystères de l'histoire, de Philippe Delorme

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

 

Résumé : Qui se cache derrière la momie hurlante ? Macron a-t-il trempé dans le meurtre de Tibère ? La machine d'Anticythère, inventée par les Grecs, est-elle l ancêtre antique de nos ordinateurs ? Qu est devenue la Sainte-Ampoule ? Pourquoi a-t-on entièrement réinventé au XIXe siècle le mythe de Vercingétorix ? Le sang du prophète Mahomet coulait-il dans les veines de nos anciens rois ?

Auteur : Philippe Delorme
Nombre de pages : 288
Edition : TALLANDIER
Date de parution : 3 mai 2018
Prix : 18.50€ (Broché) - 12.90 € (epub, mobi)
ISBN : 979-1021030466

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Avis / Critique :


D'une manière ludique, Philippe Delorme, historien, nous amène à nous intéresser à quelque grands mystères qui jalonnent notre histoire mondiale. Découvertes, hypothèses, remises en questions, mythes, croyances, soixante thèmes sont abordés dans ce " Ombres et mystères de l'histoire". Dans de courts chapitres (quelques pages pour la plupart), l'auteur nous résume la situation, nous repositionne dans le contexte historique puis nous fait partager les récentes découvertes, s'intéressant à des thématiques aussi différentes que la religion, les mathématiques, les sciences, l'égyptologie, la préhistoire, etc.

Vous découvrirez donc au fil de ce livre, les mystères de l'histoire de Glozel, du deuxième homme emprisonné à la bastille en même temps que le "Masque de fer" ; la réalité du mythe des meurtres de l'Auberge Rouge qui donna un film du même nom ; ce qu'il en est des pyramides découvertes en Bosnie ; la prétendue filiation entre les rois de France et Mahomet ; l'histoire du premier ordinateur antique ; le mystère des cagots ; l’énigme de l'homme rouge des Tuileries qui aurait prédit l'ascension et la chute, entre autre, de Napoléon ; l'histoire du Golem ; la chronicité supposé entre Abraham Lincoln et JFK, etc. 

L'auteur, fort de sa formation en histoire et de ses propres recherches pour ses livres, qui ont surtout eu pour sujets des biographies royales, parvient à nous faire partager d'une manière amusante quelques-unes de ces interrogations sur les petites affirmations qui ont pavés les siècles de notre histoire. Sans se laisser embarquer par de pseudos-affirmation, mais peut-être avec trop de scientificité et un manque d'ouverture, il replace les évènements dans leur contexte, et conte d'une manière amusante et sans prétention ces différents thèmes.
Un livre intéressant et des mystères à découvrir ou à redécouvrir sous la plume de Philippe Delorme.

 

 

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Extrait :

1

Gloses sur Glozel


L’écriture a-t-elle été inventée en Mésopotamie, trente-sept siècles avant J.-C. ? Ou quelque part en France, beaucoup plus tôt ?

 

Le 1er mars 1924, Claude Fradin et son petit-fils Émile, âgé de dix-sept ans, poussent leur charrue, sur l’une de leurs terres du hameau de Glozel, à Ferrières-sur-Sichon, près de Vichy. Soudain, leur vache disparaît dans une fosse aux parois revêtues de briques. Sur le sol pavé de larges dalles d’argile gisent quelques ossements humains, des poteries, des instruments en pierre, des fragments de céramique.

Si les sociétés savantes locales dédaignent la découverte, un certain docteur Antonin Morlet, médecin thermal à Vichy et archéologue amateur, persuade les Fradin de lui louer le champ Duranthon – rebaptisé « champ des Morts » –, en leur laissant la pleine propriété des objets trouvés. Morlet commence ses fouilles au

printemps de 1925, et dès septembre, il publie un fascicule, cosigné avec le jeune Émile, sous le titre : « Nouvelle station néolithique ». Puis il monte à Paris et parvient à placer des articles dans Le Matin et Le Mercure de France. Ainsi s’engage la « bataille de Glozel ». En quelques mois, quelque trois mille artéfacts sont soumis à la perplexité des spécialistes : empreintes de mains, idoles ithyphalles ou bisexuées, harpons, galets ou bois de renne gravés. Et surtout quantité de tablettes et d’objets marqués de signes mystérieux. Cet ensemble hétéroclite défie la chronologie établie. Car si l’outillage produit à Glozel paraît dater de la dernière glaciation – dix mille ans avant notre époque –, le système alphabétique ne sera inventé en Phénicie qu’au XVIIe siècle avant J.-C.

Certains savants soutiennent pourtant l’authenticité du site, tels l’épigraphiste Émile Espérandieu ou le célèbre archéologue Salomon Reinach. Par contre, l’abbé Henri Breuil – le « pape de la préhistoire » –, d’abord ébranlé, finit par porter un jugement défavorable. Camille Jullian, l’auteur d’une monumentale Histoire de la Gaule, croit reconnaître à Glozel « l’antre d’une sorcière » de l’époque impériale. Pour sa part, dans la revue L’Homme préhistorique de novembre 1927, André Vayson de Pradenne fustige cette « vaste fumisterie », comme « la plus grande duperie archéologique qu’on ait vue depuis soixante ans ». Certains dessins de Glozel ont été décalqués sur des illustrations d’ouvrages de vulgarisation. Une tête de statue féminine imite maladroitement la dame de Brassempouy, y compris la cassure accidentelle de la base. Les gravures révèlent des traces d’instruments de métal et les outils ont une forme aberrante. Quant aux poteries, ce sont « des œuvres dans le genre de celles de tous les enfants qui s’amusent avec de la terre glaise ».

Cette « affaire Dreyfus de l’archéologie » prend bientôt un caractère irrationnel. Les imaginations s’enflamment : aurait-on retrouvé à Glozel les traces d’une civilisation engloutie, celle de la mythique Atlantide ? L’écriture aurait-elle une origine européenne ? Le quotidien La Lanterne résume ainsi le climat de l’époque : « La science qui, seule, devrait en faire les frais, y est devenue presque étrangère tant sont ardentes et parfois aveugles les passions qui mettent aux prises glozéliens enragés et anti-glozéliens dépités. » Une commission internationale se rend sur place pour conclure à « la non-ancienneté de l’ensemble des documents ». Le parti adverse éructe dans les colonnes de L’Intransigeant : « Il ne manquait à la découverte de Glozel que la consécration la plus haute, celle dont l’Inquisition romaine honora le génie de Galilée… »

Quelques semaines plus tard, le 10 janvier 1928, Émile Fradin poursuit l’orientaliste René Dussaud, conservateur du Louvre, pour diffamation. Le 24 février suivant, le président de la Société préhistorique française, Félix Regnault, réplique en portant plainte contre X pour escroquerie. Le lendemain, un commissaire de police, mandaté par le procureur, débarque à Glozel, bouscule Fradin et saisit trois caisses de « pièces à conviction », à fin d’expertise. Le rapport de l’identité judiciaire, rendu public le 10 mai 1929, sera formel : les tablettes sont de fabrication récente. Néanmoins, Émile Fradin bénéficie d’un non-lieu en juin 1931.

Avec la Seconde Guerre mondiale, le silence retombe sur la montagne bourbonnaise. Au début des années 1960, Louis Pauwels, Jacques Bergier et Robert Charroux, chefs de file du « réalisme fantastique », croient discerner à Glozel des preuves de l’immixtion d’extraterrestres dans l’histoire humaine. Plus tard, dans la mouvance de la « nouvelle droite », on saluera en Glozel le berceau méconnu de la culture occidentale. Heureusement, les spécialistes sérieux gardent les pieds sur terre.

Des recherches diligentées entre 1983 et 1990 leur permettent aujourd’hui d’être catégoriques : nulle trace d’un gisement néolithique à Glozel, mais un site principalement occupé au Moyen Âge par des verriers, avec des artéfacts de l’âge du fer, celtique, « surchargé » à une époque indéterminée de contrefaçons modernes. On sait par ailleurs qu’il existait une briqueterie à Glozel, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Un canular, donc. Toutefois les motivations du faussaire inconnu restent incertaines. Jean-Paul Demoule, professeur de protohistoire, résume l’état actuel de la question : « On a le sentiment que quelqu’un a essayé de “fabriquer” une civilisation. Si tel est le cas, les talents techniques du ou des contrefacteurs sont réels. Et ils trahissent une bonne connaissance de l’archéologie. Qui pourrait être capable de bâtir pareille mystification ? Et, surtout, pourquoi ? Nul ne le saura sans doute jamais. »

Envers et contre tout, Glozel préserve donc une part de son secret. Le dernier qui aurait pu peut-être y jeter quelque lumière, Émile Fradin, s’est éteint le 10 février 2010 dans sa cent quatrième année. Auparavant, il avait bénéficié d’une sorte de réhabilitation, en recevant les Palmes académiques, lorsque Jack Lang était ministre de la Culture. Connaissait-il le fin mot sur sa « découverte » ? L’œil malicieux, un demi-sourire aux lèvres, il se contentait de dire : « C’est une chose unique au monde, voilà ! » On l’accusera de connivence avec le docteur Morlet, d’avoir monté l’affaire de toutes pièces. Benoît Clément, l’instituteur de la commune voisine de La Guillermie, laissera entendre que le jeune Émile cultivait depuis longtemps un intérêt suspect pour les antiquités, même s’il n’avait pas dépassé le certificat d’études. Alors ? Les « reliques » que l’on peut toujours admirer dans le petit musée de Glozel ne seraient-elles en réalité que des exemples d’art brut, dus à la créativité d’un jeune paysan ingénieux ? Peut-être. Comme l’affirmait naguère Robert Liris, psychohistorien et président des Amis de Glozel : « C’est un lieu situé dans la quatrième dimension, où tout le monde vient se brûler les ailes de l’esprit. »

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Charly-Tango 11/08/2019 13:08

J'aime bien ce genre de livre où on découvre quelque fois la petite histoire derrière la grande histoire. A mettre sur ma liste. Merci. Charly-Tango