La panthère des neiges, de Sylvain Tesson

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

 

Résumé : «- Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur les plateaux du Tibet. J'y retourne cet hiver, je t'emmène. - Qui est-ce ? - La panthère des neiges. Une ombre magique ! - Je pensais qu'elle avait disparu, dis-je. - C'est ce qu'elle fait croire.»

Prix Renaudot 2019
Auteur : Sylvain Tesson
Nombre de pages : 176
Édition : Gallimard
Collection : Blanche
Date de parution : 10 octobre 2019
Prix : 18€ (Broché) - 12.99€ (epub, mobi) - Livre audio (gratuit avec audible)
ISBN : 978-2072822322

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Avis / Critique :


Vincent Munier, explorateur, amoureux des animaux propose à son ami Sylvain Tesson, l'écrivain, amateur des grands espaces de partir avec lui à la recherche de la panthère des neiges au Tibet à 5000 mètres d'altitude. Banco, Tesson accepte le défi et les deux, accompagnés par Marie la fiancée de Munier, cinéaste animalière se lance à sa recherche.

C'est cette "poursuite" que nous raconte au fil des pages Sylvain Tesson dont la quête débute à l'extrême orient du Tibet, dans la bourgade de Yushu à 3600 mètres d'altitude. Ce sont d'abord les trois jours de voyage en voiture, puis la traversée par -20° à travers les glacis, la vision des yacks sauvages, des loups, des chèvres bleues, puis enfin de la bête royale, la vision de la panthère des neiges. Le récit est agrémenté de pensées philosophiques, poétiques et d'anecdotes historiques, de retour sur soi, mais est-il intéressant ? Le lecteur s'y perd-il comme dans un vrai roman d'aventures ? Est-on tellement scotché que l'on finit par se dire "moi aussi je voudrais la voir" ?
Bref, l'aventure vaut-elle d'être lue ?
Je suis mitigée sur ce fait.

Prix Renaudot, je me suis dite qu'il fallait m'y plonger, que le sujet était intéressant, que j'allais vivre quelque chose de beau, d'exceptionnel, puis se fut, je dois en convenir, une certaine déception, malgré de très beaux moments. J'en avais entendu beaucoup de bien, mais les contrées lointaines me resteront lointaines. Seule la panthère des neiges tire son épingle du jeu, car on l'attend et elle se dessine, majestueuse, mais la magie de la plume n'est pas là.
L'attente de Tesson pour voir la bête fut longue, l'attente de lire un vrai livre d'aventures le fut tout autant pour moi.
Il manque à ce récit le souffle qui rendrait les écrits de l'auteur plein de magie. Or, ici, c'est un peu plat. La patience, l'immobilité peuvent être racontées et devenir miraculeuses quand l'attente est transcendée ensuite par la révélation. Ce n'est pas le cas ici, malheureusement. Je n'ai pas vibré, je n'ai pas trouvé de plaisir et parfois même je me suis ennuyée à le lire.
Un prix Renaudot par défaut ?
Pour moi, certainement.

 

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Critique "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson - audetourdunlivre.com

Extrait :

AVANT-PROPOS

Je l’avais rencontré un jour de Pâques, au cours d’une projection de son film sur le loup d’Abyssinie. Il m’avait parlé de l’insaisissabilité des bêtes et de cette vertu suprême : la patience. Il m’avait raconté sa vie de photographe animalier et détaillé les techniques de l’affût. C’était un art fragile et raffiné consistant à se camoufler dans la nature pour attendre une bête dont rien ne garantissait la venue. On avait de fortes chances de rentrer bredouille. Cette acceptation de l’incertitude me paraissait très noble – par là même antimoderne.

Moi qui aimais courir les routes et les estrades, accepterais-je de passer des heures, immobile et silencieux ?

Tapi dans les orties, j’obéissais à Munier : pas un geste, pas un bruit. Je pouvais respirer, seule vulgarité autorisée. J’avais pris dans les villes l’habitude de dégoiser à tout propos. Le plus difficile consistait à se taire. Les cigares étaient proscrits. « On fumera plus tard, sur un talus de la rivière, ce sera nuit et brouillard ! » avait dit Munier. La perspective de griller un havane au bord de la Moselle faisait supporter la position du guetteur couché.

Les oiseaux dans la charmille striaient l’air du soir. La vie explosait. Les oiseaux ne troublaient pas le génie des lieux. Appartenant à ce monde, ils n’en brisaient pas l’ordre. C’était la beauté. La rivière coulait à cent mètres. Des escadres de libellules volaient au-dessus de la surface, carnassières. Sur la rive ouest, un faucon hobereau menait des razzias. Vol hiératique, précis, mortel – un Stuka.

Ce n’était pas le moment de se laisser distraire : deux adultes sortaient du terrier.

Jusqu’à la nuit ce fut le mélange de la grâce, de la drôlerie et de l’autorité. Les deux blaireaux donnèrent-ils un signal ? Quatre têtes apparurent et des ombres fusèrent hors des galeries. Les jeux du crépuscule avaient commencé. Nous étions postés à dix mètres et les bêtes ne nous repérèrent pas. Les jeunes blaireaux se battaient, escaladaient la levée de terre, roulaient dans le fossé, se mordaient la nuque et recevaient la torgnole d’un adulte qui remettait de la tenue dans le cirque du soir. Les fourrures noires rayées de trois lanières d’ivoire disparaissaient entre les feuillages, surgissaient plus loin. Les bêtes se préparaient à fureter par les champs et par les berges. Elles s’échauffaient avant la nuit.

Parfois, l’un des blaireaux approchait de notre position et allongeait son long profil qu’un mouvement de la tête recadrait de pleine face. Les bandes sombres où se logeaient les yeux dessinaient deux coulées mélancoliques. Il avançait encore, on distinguait les pattes plantigrades, puissantes, ramenées en dedans. Les griffes laissaient dans le sol de France ces empreintes de petits ours qu’une certaine race d’hommes assez malhabile dans le jugement d’elle-même identifiait comme traces de « nuisibles ».

C’était la première fois que je me tenais si calmement posté, dans l’espérance d’une rencontre. Je ne me reconnaissais pas ! Jusqu’alors, j’avais couru de la Yakoutie à la Seine-et-Oise, obéissant à trois principes :

L’imprévu ne venant jamais à soi, il faut le traquer partout.

Le mouvement féconde l’inspiration.

L’ennui court moins vite qu’un homme pressé.

Bref, je me persuadais d’un rapport entre la distance et l’intérêt des événements. Je tenais l’immobilité pour une répétition générale de la mort. Par déférence envers ma mère reposant en son caveau des bords de Seine, je vadrouillais avec frénésie – le samedi en montagne, le dimanche aux bains de mer – sans porter attention à ce qui se passait autour de moi. Comment des milliers de kilomètres de voyage vous conduisent-ils un jour le menton dans les herbes, sur le bord d’un fossé ?

Près de moi, Vincent Munier prenait les blaireaux en photo. Sa masse de muscles dissimulée par la tenue de camouflage se confondait avec la végétation mais son profil se découpait encore dans la faible lumière. Il portait un visage à bords francs et à longues arêtes, sculpté pour donner des ordres, un nez qui procurait aux Asiatiques des sujets de moquerie, un menton sculptural et un regard très doux. Un bon géant.

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Commenter cet article

Richard BARAILLE 08/03/2020 22:55

Je partage totalement votre analyse. Cette panthère des neiges m'a plutôt laissé de marbre
Sylvain Tesson fut beaucoup plus inspiré dans ses romans précédents (Dans les forêts de Sibérie, Berezina, Les chemins noirs) que dans ce trip éthéré sur les hauts plateaux minéraux du Tibet
Il manque ici la verve, l'érudition et la gouaille qui arrivent à faire passer une tendance parfois outrancière au cabotinage et à la prose moralisatrice.
Un Renaudot de circonstance pour l'ensemble de son oeuvre ? J'attends avec impatience son prochain livre ... malgré tout

manou 16/11/2019 07:18

J'hésitais à le lire car il me manque souvent un petit quelque chose dans les livres de Sylvain Tesson, alors je me range à ton avis et je vais me laisser tenter par d'autres titres et d'autres prix...nous avons tant à découvrir ! Merci pour ton ressenti