L’auberge de la Jamaïque, de Daphné Du Maurier

Publié le par Evil.g

"L'auberge de la jamaique" "daphné du maurier" "www.audetourdunlivre.com"

 

Résumé :

Orpheline et pauvre, Mary Yellan n’a pas d’autre ressource que de quitter le pays de son enfance pour aller vivre chez sa tante, mariée à un aubergiste, sur une côte désolée de l’Atlantique. Dès son arrivée à l’Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères. Cette tante qu’elle a connue jeune et gaie n’est plus qu’une malheureuse, terrorisée par Joss, son époux, un ivrogne menaçant, qui enjoint à Mary de ne pas poser de questions sur les visiteurs de l’auberge. Auberge dans laquelle, d’ailleurs, aucun vrai voyageur ne s’est arrêté depuis longtemps… De terribles épreuves attendent la jeune fille avant qu’elle ne trouve le salut en même temps que l’amour. Dans la grande tradition romantique des sœurs Brontë, la romancière anglaise, auteur de Rebecca, nous entraîne avec un sens prodigieux de l’ambiance et de l’intrigue au cœur d’un pays de landes et de marais, battu par les tempêtes, où subsiste la sauvagerie ancestrale des pirates et des naufrageurs.

 

Auteure : Daphné Du Maurier
Nombre de pages : 313
Édition : Le livre de Poche
Date de parution : 1936 (originale) - 1944 (1ère trad. française) - 1975
Prix : 7.70€ (Broché) - 7.49€ (epub, mobi) - 2.49€ (occasion)
ISBN : 978-2253006879

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Avis / Critique :

 

C’est le livre qui a rendu célèbre Daphné du Maurier. Publié deux ans avant Rebecca, son livre le plus connu, L’auberge de la Jamaïque s’inscrit dans la grande tradition du roman d’aventure, à l’instar d’un Stevenson. L’auteure cherche avant tout à nous distraire et elle y réussit parfaitement, avec une grande habileté.

Daphné du Maurier maîtrise son récit. Elle parvient à donner corps à l’histoire, en l’égrenant de petits détails réalistes. La galerie de personnage est bien campée, entre Mary, l’héroïne, courageuse et intrépide ; Patience, sa tante, effacée et peureuse, mariée à Joss Merlyn, le propriétaire de l’auberge, brutal, alcoolique, imprévisible ; Jem, le frère de Joss, voleur de chevaux et dont Mary n’est pas insensible au charme ; l’énigmatique vicaire albinos d’Altarnun…

Mais le personnage principal du roman, c’est la lande de Cornouailles dans laquelle est plantée la fameuse auberge de la Jamaïque, qui existe réellement. L’auteur connaît les lieux, elle y a vécu quelque temps et elle les décrit parfaitement. On devine que les longues promenades de Mary Yellan dans la lande ont été inspirées par les promenades que du Maurier elle-même a dû faire. Elle décrit trop bien les variations du climat, les dangers des marécages ou les rochers aux formes tourmentées pour ne pas les avoir connus de près.

Mary est probablement un double rêvé de l’écrivaine. Pas seulement dans les promenades solitaires, mais aussi dans la critique de la condition féminine du XIXème siècle – peu différente de ce qu’elle était dans la première moitié du XXème siècle – et qu’on retrouve dans certains passages du livre, preuve d’un tempérament bien trempé ainsi que préfiguration du féminisme.

Ce n’est pas un hasard si ce livre a été adapté plusieurs fois au cinéma et à la télévision, notamment par Hitchcock himself : il a du souffle et est passionnant de bout en bout.

 

 

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Extrait :

C’était un grand diable d’homme, mesurant près de sept pieds de haut ; il avait le front tout plissé et la peau aussi brune que celle d’un bohémien. Ses épais cheveux noirs retombaient en frange sur ses yeux et pendaient sur ses oreilles. Il paraissait avoir la force d’un cheval, avec ses larges et puissantes épaules, ses longs bras qui atteignaient presque ses genoux et ses poings aussi gros que des jambons. Sa charpente était si énorme que sa tête paraissait rapetissée et enfoncée dans les épaules, rappelant, avec ses noirs sourcils et ses cheveux emmêlés, l’attitude un peu penchée d’un gorille géant. Mais malgré ses membres allongés et sa vigoureuse Stature, ses traits n’avaient rien de simiesque, car son nez était busqué, s’incurvant presque jusqu’à une bouche qui avait dû, un jour, être parfaite, mais dont les coins maintenant s’affaissaient, et ses grands yeux noirs n’étaient pas sans beauté, en dépit des rides et des poches et bien qu’ils fussent injectés de sang.

Ses dents étaient ce qui lui restait dc mieux. Elles étaient saines et très blanches et, quand il souriait, elles se détachaient nettement sur la peau basanée de son visage, lui donnant l’air d’un loup avide. Et bien qu’il y ait un monde de différence entre le sourire d’un homme et l’expression d’un loup qui décoche ses crocs, c’était exactement la même chose quand il s’agissait de Joss Merlyn.

- Ainsi, vous êtes Mary Yellan, dit-il enfin, se penchant au-dessus d’elle, ployant la tête pour observer plus étroitement la jeune fille, et vous avez fait tout ce chemin pour venir vous occuper de l’oncle Joss. Je trouve ça charmant de votre part.

Il rit de nouveau, se moquant d’elle. Son rire, qui ressemblait à un rugissement, retentissait dans la maison, agissant comme un fouet sur les nerfs tendus de Mary.

- Où est ma tante Patience ? demanda-t-elle, jetant un regard circulaire dans le couloir à peine éclairé, si morne avec ses froides dalles de pierre et son étroit escalier branlant. Elle ne m’attend donc pas ?

- Où est ma tante Patience ? se moqua l’homme. Où est ma chère petite tante pour qu’elle m’embrasse et me cajole, et s’occupe de moi. Ne pouvez-vous attendre une minute sans courir vers elle ? N’y a-t-il pas un baiser pour l’oncle Joss ?

Mary eut un geste de recul. L’idée de l’embrasser la révoltait. Il devait être fou, ou ivre, les deux probablement. Elle ne voulait pas l’irriter, ayant bien trop peur pour cela.

Il vit la question lui traverser l’esprit et il se mit à rire.

- Oh ! non, dit-il, rassurez-vous, je ne vous toucherai pas. Vous êtes en sécurité avec moi. Je n’ai jamais aimé les brunes et j’ai à m’occuper d’autre chose que de faire l’idiot avec ma propre nièce.

Il l’observa d’un air railleur et méprisant, la traitant comme une sotte, fatigué de sa plaisanterie. Puis il leva la tête vers le palier :

- Patience, rugit-il, que diable fais-tu donc ? La petite est arrivée. Elle pleurniche et te réclame. Elle m’a déjà assez vu.

Quelqu’un s’agita au haut de l’escalier. Un bruit de pas se fit entendre. Puis la flamme d’une bougie vacilla et une exclamation retentit. Une femme descendit l’étroit escalier, abritant ses yeux de la flamme. Une cornette malpropre couvrait ses rares cheveux gris qui pendaient en mèches emmêlées sur ses épaules. Elle avait roulé le bout de ses cheveux, essayant vainement d’obtenir des boucles, mais celles-ci s’étaient défaites. Son visage s’était amaigri et ses pommettes saillaient. Elle avait de grands yeux écarquillés, comme s’ils interrogeaient constamment, et un tic de la bouche, tantôt pinçant les lèvres, tantôt les desserrant. Elle portait un jupon fané dont les rayures avaient dû être un jour couleur cerise et étaient maintenant d’un rose délavé. Un Châle tout rapiécé couvrait ses épaules. Elle venait, de toute évidence, de coudre un ruban neuf à sa cornette pour essayer de raviver son costume, mais n’avait réussi qu’à donner une note discordante, incongrue. Le ruban, d’un rouge écarlate, faisait un horrible contraste avec la pâleur de son visage. Mary la regarda, muette de chagrin. Cette pauvre créature déguenillée était-elle l’ensorcelante tante Patience de ses rêves, vêtue maintenant comme un souillon et paraissant avoir vingt ans de plus que son âge ?

Tante Patience descendit l’escalier et s’avança dans le vestibule. Elle prit les mains de Mary dans les siennes et contempla la jeune fille.

- Tu es donc venue ? murmura-t-elle. Tu es ma nièce, Mary Yellan, n’est-ce pas ? La fille de ma sœur morte ?

Mary hocha la tête, remerciant Dieu que sa mère ne pût voir dans quel état était sa sœur.

- Ma chère tante Patience, dit doucement Mary, je suis contente de vous revoir. Tant d’années ont passé depuis votre voyage à Helford.

La femme continuait de la caresser, de toucher ses vêtements et, tout à coup, elle s’accrocha à elle, appuya sa tête contre l’épaule de la jeune fille et se mit à pleurer craintivement, à sanglots entrecoupés.

- Oh ! ça suffit, grogna son mari. Quelle façon d’accueillir les gens ! Qu’as-tu donc à brailler comme ça, sacrée folle ? Ne peux-tu voir que la petite a besoin de dîner ? Va à la cuisine et donne-lui du bacon et à boire.

Il se baissa et enleva la malle de Mary sur son épaule comme s’il ne s’agissait que d’un menu paquet.

- Je vais porter ça dans sa chambre, dit-il, et s’il n’y a pas quelque chose à dîner sur la table quand je redescendrai, je te donnerai de quoi te faire pleurer. A vous aussi, si vous voulez, ajouta-t-il, avançant la face vers Mary et posant un grand doigt sur la bouche de la jeune fille. Êtes-vous apprivoisée, ou mordez-vous ? dit-il.

Puis il rit encore, rugissement qui retentit jusqu’au toit, et gravit l’étroit escalier, balançant la malle sur ses épaules.

Tante Patience se reprit. Elle fit un violent effort et sourit, tapotant ses pauvres mèches pour les remettre en ordre en un geste d’autrefois dont Mary se souvenait un peu, puis, clignotant nerveusement et se mordant les lèvres, elle conduisit la jeune fille dans un autre couloir sombre, puis dans la cuisine. La pièce était éclairée par trois bougies et un petit feu de tourbe couvait dans la cheminée.

Prenant soudain l’attitude soumise d’un misérable chien qui, par une cruauté constante, a été dressé à une implicite obéissance et se battrait comme un tigre pour son maître en dépit des coups et des imprécations, tante Patience dit :

- Ne fais pas attention à ton oncle. Il faut le laisser faire, il a ses façons à lui et les étrangers ne le comprennent pas tout de suite. Il s’est toujours montré très bon mari depuis le jour de notre mariage.

Elle continua de marmotter machinalement, s’affairant dans la cuisine dallée et mettant le couvert pour le souper, tirant le pain, le fromage et quelques restes d’un grand placard dans le mur, tandis que Mary, accroupie devant le feu, tentait vainement de réchauffer ses doigts glacés.

La cuisine était lourde de la fumée de tourbe qui montait jusqu’au plafond et se logeait dans les angles, flottant dans l’air comme un mince nuage bleu. La fumée piquait les yeux de Mary, entrait dans ses narines et se posait sur sa langue.

- Tu en viendras bientôt à aimer ton oncle Joss et à le comprendre, poursuivit sa tante. C’est un homme remarquable et un très brave homme. Il est bien connu aux alentours et son nom respecté. Personne n’oserait dire un mot contre Joss Merlyn. Parfois, nous avons ici beaucoup de monde. Ce n’est pas toujours aussi tranquille. La grand-route est très fréquentée, vois-tu, les diligences y passent tous les jours. Les notabilités du pays sont très aimables avec nous, très aimables. Hier encore, un voisin se trouvait ici, et je lui ai fait un gâteau qu’il a emporté chez lui. « Mrs. Merlyn, m’a-t-il dit, vous êtes l’unique femme en Cornouailles qui sachiez faire cuire un gâteau. » Ce sont ses propres paroles. Et le squire lui-même, le squire Bassat, tu sais, de North Hill - il possède toutes les terres des environs - me croisant l’autre jour sur la route... c’était jeudi... a tiré son chapeau et m’a dit : « Bonjour, madame ! » en s’inclinant sur son cheval. On dit qu’il a eu beaucoup de succès auprès des femmes, dans sa jeunesse. Alors Joss est sorti de l’écurie, où il était en train d’arranger la roue de la voiture, et lui a demandé : “ Que pensez-vous de la vie, Mr. Bassat ? ” Et le squire lui a répondu : « Je la trouve aussi florissante que vous, Joss », et tous deux se sont mis à rire.

Mary murmura quelques réponses à ce petit discours, mais il lui était pénible de constater que tante Patience, en lui parlant, évitait son regard, et la volubilité même de ses paroles paraissait suspecte. Elle bavardait comme un enfant qui se raconte une histoire et a le don d’imagination. Mary était peinée de la voir jouer un tel rôle et souhaitait qu’elle se tût, car ce flot de paroles était plus effrayant que l’avaient été ses larmes. Il y eut un bruit de pas derrière la porte et, le cœur serré, Mary comprit que Joss Merlyn était descendu et avait probablement écouté la conversation de sa femme.

Tante Patience l’entendit aussi, car elle pâlit et commença dc se mordre les lèvres. Il entra dans la pièce et son regard alla de l’une à l’autre.

- Ainsi, les poules sont déjà en train de caqueter ? dit-il.

Il ne riait plus et plissait les yeux.

- Tu cesseras bientôt de pleurer, si tu peux parler. Je t’ai entendue, pauvre idiote, je t’ai entendue glouglouter comme une dinde. Penses-tu que ta précieuse nièce puisse croire un seul mot de ce que tu racontes ? Un enfant ne s’y laisserait pas prendre, encore moins une fille comme elle.
 

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