Flic, un journaliste a infiltré la police - de Valentin Gendrot

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE

Flic, de Valentin Gendrot - un journaliste a infiltré la police - "www.audetourdunlivre.com"

 

Résumé : Que se passe-t-il derrière les murs d’un commissariat ? Après avoir intégré la police, Valentin Gendrot a, durant six mois, travaillé au commissariat du 19e arrondissement de Paris. Une arme à la ceinture, le journaliste sous couverture a rejoint une brigade dont certains membres tutoient, insultent et distribuent régulièrement des coups à des jeunes hommes noirs et arabes qu’ils surnomment “les bâtards”.

Auteur : Valentin Gendrot
Nombre de pages : 293
Édition : Goutte d'or
Date de parution : 3 septembre 2020
Prix : 18€ (Broché) - 9.99€ (epub, mobi)
ISBN : 979-1096906208

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Avis / Critique :

 

Ici, comme son sous-titre l'indique, il s'agit d'une infiltration dans la police. L'auteur, journaliste, n'en est pas à son premier coup d'essai en terme d'infiltration et après avoir été ouvrier sur une chaine automobile, vendeur au porte-à-porte, employé dans un call center, il a décidé de consacrer deux de ses années à la préparation du concours, à la formation en tant qu'ADS (adjoint de sécurité) et en poste en brigade.
Nous voici donc à le suivre dans son expérience, d'abord à St Malo où il découvre l'école chargée de le former à son futur job, soit trois mois en tout et pour tout et où les cours sont aussi court que la durée de la formation (10 h pour le code de déontologie, 3h pour les violences conjugales). C'est la découverte de la chambre partagée à quatre, des profils de voisin un peu simplet ou nazi, d'anciens délinquants qui tentent de rentrer dans le rang. Le concours d'ADS est facile : un test de lecture, d'écriture et de calcul, un test physique et un passage devant un psy et trois flics.
Puis, c'est l'heure de la première affectation. Pour Valentin Gendrot, ce sera l'I3P, les urgences psychiatriques réservées à la police parisienne où il devient chauffeur et voit des profils de schizophrènes, d'alcooliques, de toxicomanes, de migrants, de sdf passer. Il ne se passe pas grand-chose et trouvant le travail ennuyeux, il demande sa mutation et se retrouve en brigade au commissariat du 19ème. Là, ce n'est pas mieux. Ses premiers jours, il les passe à faire le planton (une heure dehors, une heure à l'intérieur), à découvrir ses collègues au langage fleuri, à la baffe facile, au propos raciste et qui déverse leur fiel à l'oral tout autant que sur internet.

L'envie de Valentin Gendrot de s'infiltrer dans la police avait un but : celui de comprendre pourquoi les agents crient au ras-le-bol et pourquoi le taux de suicide est si élevé ? Finalement, son livre nous délivre un témoignage où les anecdotes sur les tabassages de migrants et le racisme sont légion. On a en effet l'impression que son livre ne regorge que de ces exemples et qu'à part peut-être les journées à ne rien faire, à aller en patrouille à des endroits où rien ne se passe, on n'assiste qu'à ces tabassages, et à ces verbes hauts. Il ne se passe pas grand-chose (en même temps peut-être qu'ADS n'était pas le poste le plus intéressant à infiltrer), et à part nous abreuver des propos et des gestes que l'on pourrait qualifier de révoltants, il manque à ce livre des précisions sur le travail, le quotidien des flics, leurs conditions de travail qui est ici plus que survolé.
 
C'est dommage, car l'idée de départ était bonne et il aurait été plus judicieux d'apporter des anecdotes qui reflétaient également l'autre côté du miroir. Ici, on ressort de ce livre en se disant que tous les ADS sont clairement des salauds ignares et racistes.
Un peu court, léger, clairement de parti pris, peu construit sociologiquement, néanmoins montrant une facette dérangeante qui reflète une certaine réalité de terrain à prendre en compte.

 

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FLIC, de Valentin Gendrot (La critique) "www.audetourdunlivre.com"

Extrait :

 

T'as fait quoi, là ? »


Toto attrape le type et le plaque contre l’abribus. Il va l’éclater, c’est sûr. Autour de nous, des badauds s’attardent, certains sortent leur téléphone et filment la scène.

– Va là-bas ! me gueule François. On fait un périmètre de sécurité !

C’est l’une de mes premières journées avec le groupe et ils en tiennent enfin un. Ils les appellent « les bâtards ». Et quand ils sortent, ils partent à la chasse aux bâtards. Celui-là, Toto n’a pas trop galéré à le choper. Il s’agit d’un mec chétif, un gringalet sans doute mineur. Un petit bâtard, quoi.

Je surveille les alentours. Personne ne doit les déranger. J’ai la mâchoire contractée. Je garde les mains posées sur les hanches, la gauche à quelques centimètres de mon flingue. Face à moi, les potes du gringalet me fixent d’un air hostile. Je transpire et frissonne. L’adrénaline monte. Mon cœur tambourine.

– Faites le tour, ne passez pas par là, dis-je fermement à des passants qui affluent dans ma direction.

Je me retourne, le type est toujours collé à l’abribus. La scène me semble interminable.

– On bouge, lance François, dans mon dos.

Nous remontons tous les six dans le fourgon blanc, accompagnés du gamin. Toto appuie sur la pédale d’accélérateur. À l’arrière, nous valdinguons hors de nos sièges en skaï. Il faut s’accrocher. Le jeune homme terrifié est assis entre nous. Pas question pour les autres de le toucher, cette histoire doit visiblement se régler entre Toto et lui.

Nous roulons à fond dans les artères parisiennes jusqu’à sortir de notre secteur, je ne reconnais plus le coin. Nous arrivons à Pantin. Qu’est-ce que nous foutons ici ? Nous sommes censés rester dans le 19e arrondissement…

Toto se gare en pleine rue. Il descend, ouvre la porte du fourgon et monte avec nous à l’arrière. Il empoigne le type, lui tire les cheveux.

– T’as fait quoi tout à l’heure ? Hein ?

Un de mes collègues me demande de sortir pour faire le guet. Je descends, claque la porte coulissante et patiente à l’extérieur. Le véhicule remue, j’entends des cris. J’attends quelques instants en gardant un œil sur les allées et venues des passants. La porte s’ouvre à nouveau, la voix du flic tonne :

– C’est bon, t’as compris maintenant ? Allez, dégage !

Le type descend, le corps plié en deux. Il se tient la tête entre les mains, semble désorienté, puis marmonne :

– C’est ça… ? Police française… ?

Nous l’abandonnons là, seul, à quelques kilomètres du lieu où nous l’avons attrapé. Ça fait partie de la punition.

Je porte l’uniforme de flic contractuel depuis deux semaines à peine, et me voilà déjà complice du tabassage d’un jeune migrant. Jusqu’où va me mener cette histoire ? Je retourne m’asseoir à l’arrière du fourgon.

– Il m’a touché l’arcade avec son portable ! nous explique Toto. Il m’a touché quand je suis descendu porte de la Villette, quand vous avez contrôlé les deux migrants. Bon… je pense qu’il n’a pas fait exprès.

– T’en fais pas, des mecs comme lui, ça mérite que la mort, lâche Bison.

Les policiers ont l’obligation de rendre compte de chaque intervention ou « mission ». Dans le logiciel dit de la main courante informatisée (MCI), ils retranscrivent leurs moindres faits et gestes de la journée. Nous appelons ça des « GE » pour « gestion des événements ». La mission du jour ne sera jamais consignée. D’abord parce qu’il s’agit d’une mission « inopinée », une initiative de mes collègues. Ensuite parce que, solidarité entre flics oblige, ce qui se passe dans le fourgon reste dans le fourgon.

Enfin, pas tout à fait. Pas cette fois.

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