Le bal des dézingueurs, de Laurent Bazin et Alba Ventura

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

Le bal des dézingueurs, de Laurent Bazin et Alba Ventura

Résumé :
Tous les jours, politiques et journalistes se retrouvent à table. Dans les palais de la République ou les restaurants parisiens, off the record, bien sûr, ils participent à leur manière au grand bal des dézingueurs. Un jour, il faut d'urgence « opérer Nadine » (Morano), un autre « achever (Valls) d'une balle entre les yeux » ou se « débarrasser de Pépère » (Hollande). Nicolas Sarkozy fulmine contre « Papy » Juppé. Marine Le Pen se cherche une robe pour un gala new-yorkais. À l'Élysée, le président se rêve un destin « à la Chirac » en 2017. Tandis que Manuel Valls projette déjà de « tout régler en 2022 »...

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Auteurs : Laurent Bazin, Alba Ventura
Nombre de pages : 300
Editeur : Flammarion
Collection : Enquête
Date de parution : 9 mars 2016
Prix : 20 euros (Broché) - 14.99 euros (epub)

Avis / Critique :

Ils déjeunent, ils sont journalistes, politiques, ils partagent autour d'un repas, d'un verre, leurs véritables pensées. Ils flinguent.
A lire ce document, le lecteur se demande si les politiques ne passent pas leur temps à déjeuner tranquillement au lieu de traiter les problèmes de la France :

Mais ces petits off permettent de se rendre compte de moments cachés, d'un Hollande qui après l'attentat de Charlie Hebdo ou du supermarché Casher, appellent lui-même les familles, montre là un visage dénué de la retenue qu'il affiche en toutes circonstances, de ce manque d'affect que lui reconnaissent les gens qui le côtoient. Ce sont des petites anecdotes, un Bayrou qui se dit que si Juppé ne passe pas la primaire, alors il y retournera. Où ça ? En campagne pour la présidentielle. Un Copé qui a refusé de s'allier à Sarkosy, pour mener sa barque tout seul, une Nadine Morano, incontrôlable, mais à qui les uns reconnaissent beaucoup de courage. C'est aussi un Montebourg qui, le jour de sa démission, lance à un Valls pantois "Qu'est-ce que tu veux... C'est mon inconscient qui a parlé !". C'est une Roselyne Bachelot, qui découvre dans son cabinet, le portable d'un ancien ministre de gauche et les sms coquins que celui-ci échangeait avec sa maîtresse : "Je ne vous dis pas...", lance-t-elle aux journalistes en gloussant "Mais c'était cochon, vraiment cochon ! Oh, je ne me doutais pas qu'il puisse être comme ça, celui-là !". Bachelot aura la décence de ne pas révéler le nom, mais les confidences faites aux journalistes sont légions durant ces déjeuners off.

Rendez-vous incontournable pour les uns, obligations pour les autres (on apprend que Le Foll s'en passerait bien), ce sont là que s'échangent quelques petites vannes, remises au point, idées à tester et qui seront répandus par ce biais à l'opinion.

C'est aussi une manière, et on l'apprend dans le livre, pour certains de se mettre en avant, de montrer qu'à la façon des courtisans d'antan, ils ont l'oreille du "Roi" en fonction, tel Xavier Bertrand qui ne peut s'empêcher de rapporter qu'il a vu Nicolas ici, Nicolas là, que Nicolas lui a dit ceci, cela... Tout comme un Jean-Vincent Placé qui adore les caméras qui nourrisse son ego. le même Placé qui, à l'instar, des autres politiques passera par la case régime pour prendre un secrétariat. Ce sont aussi donc, des petites anecdotes de cuisine qui nous sont contées. Sarkosy, en régime perpétuel, car il a une tendance à prendre, se goinfre de fromage blanc 0%, mais ne peut résister au chocolat qu'il ingurgite dès qu'il en voit. Un Hollande qui énumère tous les plats et finalement choisi le plus calorique, en grand gourmand qu'il est. Un Valls mis au supplice par une Martine Aubry, joueuse, qui glisse à ce dernier, adepte du sans-gluten, une bonne gaufre du Nord. Une NKM qui loue le bio à tous les repas, un Juppé, friand d'un bon verre de Bordeaux et de plats qui lui rappellent la cuisine de sa mère. Un Le Foll, au coup de fourchette carnassier et redoutable.
On apprend aussi par la même occasion, qu'à l'Elysée ou Matignon, les déjeuners avec les journalistes sont organisés plutôt les mardi et jeudi, mais surtout pas le mercredi, jour de sortie du Canard Enchaîné, le journal le mieux informé de Paris. C'est qu'il faut pouvoir se laisser 24 heures de battements au cas où le journal publierait une affaire explosive.
Les rendez-vous sont enfin des manières de se parler par média interposé et de réfuter un projet de loi, une idée lancée par tel ou tel ministre.


On distille, on flinque, on teste...
Bref, ça n'arrête jamais.
Un livre plein d'anecdotes, drôles pour la plupart qui nous en apprenne un peu plus sur les coulisses de ce monde politique. En Off, bien sûr...

Extrait :

Las, parmi les écologistes, François Hollande choisit de nommer Cécile Duflot et Pascal Canfín. L’écolo pragmatique, devenu sénateur par la grâce d’un nouvel accord électoral, se « contentera » de la casquette de patron des Verts au palais du Luxembourg. À partir de là, officiellement, Jean-Vincent Placé ne trouve plus grand intérêt à l’exercice gouvernemental. Mieux, dès l’automne 2012, il envisage de voir les écologistes le quitter : « Nous nous posons la question de savoir ce que nous faisons au gouvernement, lâche-t-il un beau jour de novembre. […] Je suis de plus en plus perplexe. »

Dès lors, à table, plus personne ou presque dans l’exécutif ne trouve grâce à ses yeux.

François Hollande ? « Sa langue maternelle, c’est bouffer du chocolat, faire des blagues et des tunnels de vingt minutes sur la fiscalité. Le système Hollande, il insécurise tout le monde. »

Arnaud Montebourg ? « Il est impuissant ou plutôt

inutile. Pouvez-vous me citer une réussite industrielle depuis dix-huit mois ? »

Et quelques mois plus tard, il ajoute en dévorant une entrecôte : « De toute manière ça ne sert à rien de mettre un gauchiste à l’Économie ! Il vaut mieux un prof… »

Lorsque la polémique se déchaîne après la mort d’un jeune manifestant au cours de rassemblements contre le barrage de Sivens, dans le Tarn, en 2014, il est aussi l’un des plus vigoureux à attaquer le ministre de l’intérieur. En coulisse, entre la poire et le fromage, il se fait cinglant : « Cazeneuve ? Depuis le début, il est nullissime. Il a le complexe de celui qui n’a pas fait l’ÉNA. Il apprend des fiches par cœur. Et en plus, il a un look de petit notaire de province ».

La méthode Placé repose sur un vieux principe politique : créer le conflit pour exister, mais ne jamais rompre, pour pouvoir continuer à négocier. Ainsi, au mois de mai 2015, alors que le torchon brûle entre les Verts et François Hollande, l’ancien apparatchik se trouve-t-il de nouvelles cibles : ses propres amis écologistes… Et son ancienne complice, Cécile Duflot.

« Cécile, c’est l’histoire du labyrinthe, explique-t-il. À force de faire les mauvais choix, elle se retrouve dans une impasse. Le problème, c’est qu’elle a emmené tout le monde avec elle ! Un moment, elle a voulu s’allier avec les cocos et Mélenchon mais c’est une gauche qui disparaît de mort lente… Les cocos, il ne leur reste que les bobos… Et au Front de gauche, ce sont des barjots ! La ligne gaucho à la présidentielle de 2017, elle ne fera pas 2 % !

— Et les Verts ?

— Ah, les Verts… Il n’y aura pas de candidat Vert à la 

présidentielle ! Comment voulez-vous qu’on ait les signatures ? Moi, ce qui est sûr, c’est que je ne veux plus m’enliser dans les conneries d’appareil. La politique, ça doit être utile ! L’avantage, c’est que je ne passe plus mes soirées à me faire ch… Vous savez, c’est chronophage, les Verts ! Je préfère m’occuper de ma fille…

— Vous allez quitter les Verts, alors ?

— Je n’ai pas une énorme envie de rester, c’est sûr !

— Donc, vous avez renoncé à devenir ministre ?

— Je suis ambitieux mais réaliste. Ça n’est pas à moi de dire au président ce qu’il doit faire…

Tout est dit avec quatre mois d’avance sur le calendrier. Sans surprise, à la fin de l’été, Jean-Vincent Placé quitte les Verts, pour créer son propre mouvement. Sans doute l’ancien militant radical de gauche rêve-t-il que François Hollande fasse enfin le « bon choix » : celui du très « utile » Jean-Vincent Placé. Car JVP ne doute de rien, c’est son secret. Même s’il s’agace de la réputation d’arriviste qui lui est faite, le sénateur écologiste ne ménage jamais ses efforts pour parvenir à ses fins.


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