Soumission à l’autorité, de Stanley Milgram

Publié le par Evil.g

 

Résumé :  Serions-nous tous des fonctionnaires de l’horreur en puissance  ? C’est l’angoissante question que se pose tout lecteur de Soumission à l’autorité. Le récit qu’y donne Stanley Milgram de ses expériences effectuées en laboratoire entre 1950 et 1963 bouleverse en effet bien des idées reçues. Au prétexte d’une enquête apparemment banale sur l’apprentissage et la mémoire, Milgram a réalisé une fantastique série d’expériences, où des hommes et des femmes recevaient l’ordre d’infliger à une innocente victime des chocs électriques de plus en plus violents.
Combien d’entre eux allaient obéir  ? Et jusqu’où  ? Les résultats inattendus firent naître une controverse passionnée. Où finit la soumission à l’autorité… et où commence la responsabilité de l’individu  ?
Dans ce formidable document sur ce qui motive le comportement et les choix humains, Stanley Milgram propose une analyse originale de l’obéissance et de la résistance de citoyens ordinaires confrontés au pouvoir.

Auteur : Dr Stanley Milgram

Nombre de pages : 320
Édition : Fayard/Pluriel
Collection : Pluriel
Date de parution : 13 septembre 2017
Prix : 22.40€ (Broché) - 9€ (poche)
ISBN : 978-2818505281

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Avis / Critique :

 

Mise en scène dans le film « I comme Icare » d’Henri Verneuil, adaptée en jeu télé dans le documentaire « Le jeu de la mort », l’expérience de Stanley Milgram est fascinante. Grâce à cette célèbre expérience, Milgram a su mettre en évidence comment un être humain moyen est capable de mettre en sourdine sa morale et d’accomplir des gestes qu’il réprouve lorsqu’il est sous l’influence d’une autorité, même lorsque celle ci n’est pas coercitive.

De quoi s’agit-il ? Au cours d’une expérience soit-disant destinée à étudier l’influence de la punition sur l’apprentissage, un sujet – appelons-le le moniteur – va devoir infliger des décharges électriques de plus en plus douloureuses à un élève. Or, bien souvent, malgré les cris de douleurs et les protestations véhémentes de l’élève, le moniteur applique la consigne donnée par l’expérimentateur et envoie des décharges électriques qui peuvent aller jusqu’à 450 volts.

En réalité, l’élève est un comédien qui simule la douleur et il ne reçoit en fait aucune décharge. Mais ça, le moniteur l’ignore et malgré le dilemme moral que ça provoque en lui, il respecte les consignes et continue à électriser ce pauvre élève.

Ce que montre cette expérience, c’est qu’il y a clairement dans chacun des sujets un débat entre l’exigence morale (ne pas faire souffrir l’élève) et la volonté de bien faire devant l’expérimentateur. Ici, l’expérimentateur n’a pas d’autre pouvoir que celui que lui a donné l’élève : il a le statut de l’autorité légitime, mais si l’élève l’écoute et fait ce qu’il lui demande, ce n’est pas parce qu’il y est obligé ni parce qu’il y a une récompense – argent ou autre – à la clé.

Ce livre donne tous les détails de l’expérience. Le recrutement des sujets, les résultats détaillés des différentes variantes, les modifications qu’il y a apportées pour s’assurer que c’était bien l’autorité et non, par exemple, un possible sadisme naturel ou un autre biais, qui poussait le sujet à faire souffrir un pauvre élève qu’il croyait innocent. Il donne également quelques exemples de réactions des sujets pendant ou après l’expérience, car chacune d’elle était suivie d’un entretien avec le sujet pour connaître ses réactions. A la fin, l’auteur essaye de dresser une théorie pour expliquer les résultats obtenus.

C’est un travail scientifique rigoureux qui est décrit ici. Et surtout, c’est écrit dans une langue claire, agréable à lire et bien traduite. On est loin de travaux soporifiques de certains universitaires. Ça se lit presque comme un thriller.

Naturellement, on se demande comment on aurait nous-même réagi si on avait été le sujet d’une telle expérience. Bien malin qui pourrait se vanter d’être sûr qu’il s’arrêterait dès les premières protestations de l’élève : selon les variantes de l’expérience, jusqu’à 60 à 70 % des sujets allaient jusqu’au bout. Aurions-nous fait partie de ceux-là ?

Certaines voix ce sont élevées depuis pour critiquer les travaux de Milgram. Il est difficile, pour un lecteur candide tel que votre serviteur, de porter un jugement sur la pertinence de ces critiques. Et pourtant, comment douter du bien-fondé des conclusions de Milgram ? Il n’y a qu’à regarder les exemples de soumission à l’autorité que l’on a sous les yeux. Inutile d’aller chercher jusqu’à l’Allemagne Nazie, qui en est pourtant une illustration fascinante. Mais dans n’importe quelle guerre on voit des hommes, qui ne sont pourtant pas de dangereux psychopathes, tuer d’autres hommes.

Ce livre devrait être enseigné à l’école, car il fait œuvre utile, il nous apprend à exercer notre sens critiques face à l’autorité : nous avons tous en nous une tendance naturelle à la respecter, c’est grâce à cela que l’humanité a autant pu se développer. Mais cette tendance peut nous jouer des tours et pourrait tous nous transformer en bourreaux. Espérons que grâce aux travaux de Milgram, un jour, un peu plus d’Hommes sauront dire non à un ordre criminel.

 

 

Livre à lire aussi sur le même sujet :

- L'effet Lucifer

 

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Soumission à l'autorité - Stanley Milgram "audetourdunlivre.com"

Extrait :


C'est dans le luxueux laboratoire Interaction de l’université de Yale que se déroula l’expérience. Ce détail a son importance, car le choix d’un tel local garantissait la légitimité de nos recherches. Dans quelques variantes qui eurent lieu ultérieurement, l’expérience devait être dissociée de l’université (voir chapitre VI). C’est un enseignant de lycée, professeur de biologie de trente et un ans, qui servit d’expérimentateur. Il portait la blouse grise du technicien et pendant toute la durée du programme, il garda un maintien impassible et une expression plutôt sévère. Quant au rôle de l’élève, il fut tenu par un comptable de quarante-sept ans qui avait suivi un entraînement spécial; il était d’origine américano-irlandaise et la plupart des observateurs l’ont trouvé affable et sympathique.

Méthode expérimentale

Chaque expérience nécessitait un sujet « naïf » et une victime. Il fallait trouver un prétexte justifiant l’administration des décharges électriques par le sujet naïf. (En effet, dans tous les cas où s’exerce une autorité légitime, le sujet subordonné doit pouvoir percevoir clairement un rapport, si mince soit-il, entre le type d’autorité en jeu et les ordres qui en émanent.) Pour préparer les sujets a affronter la situation dans laquelle il voulait évaluer leur capacité d’obéissance, l’expérimentateur leur donnait les explications suivantes :

Les psychologues ont élaboré plusieurs théories sur la manière dont l’individu acquiert divers types de connaissances. Quelques-unes des mieux connues sont exposées dans cet ouvrage (l’expérimentateur montrait au sujet un livre sur les processus d’apprentissage). L’une d’elles soutient que l’individu apprend correctement lorsqu’il sait que chaque erreur de sa part lui attire une punition
Une application courante de cette théorie est la fessée que les parents administrent à l'enfant quand il se trompe. Ils escomptent que la fessée. forme de punition particulière, incitera l’enfant à mieux se souvenir et à apprendre de façon plus efficace.
Mais en fait, nous ignorons pratiquement tout de l’effet de la punition sur l’apprentissage parce qu’il n’y a pour ainsi dire pas eu d’étude scientifique dans ce domaine à l’échelon humain. Par exemple, nous ne savons pas quel degré de punition est le plus favorable à l’apprentissage... quelle différence peut résulter des caractéristiques de celui qui l’inflige, si un adulte apprend mieux quand l‘enseignant est plus jeune ou plus âgé que lui... et quantité d’autres informations de cet ordre.
Aussi avons-nous réuni pour cette étude un certain nombre d’adultes d’âges et de métiers divers. Les uns tiendront le rôle d’enseignant ou moniteur et les autres, le rôle de l’élève.
Ce que nous cherchons à déterminer, c’est l’effet réciproque de la relation moniteur/élève chez des personnes différentes ainsi que l’effet de la punition sur l’apprentissage dans ce type de situation.
C’est pourquoi je vais demander ce soir à l’un de vous d’être le moniteur et à l’autre d’être l’élève.
Avez-vous une préférence?
(Le sujet et le complice de l’expérimentateur sont invités à donner leur avis.)
Je crois que le plus simple est que j’écrive Moniteur sur un bout de papier, Élève sur un autre et vous allez tirer au sort.
Bon! Où en sommes-nous?
Parfait. Maintenant, la première chose que nous allons faire, c’est installer l’élève de façon à ce qu’il puisse recevoir une forme particulière de punition.
Si vous voulez bien me suivre dans la pièce voisine...

Le tirage au sort décrit ci-dessus avait été truqué de façon que le sujet soit toujours le moniteur et le complice, l’élève (sur les deux bouts de papier était inscrit le mot « moniteur »). Tout de suite après le tirage, ils étaient conduits dans une pièce contiguë où l'élève était installé sur une sorte de « chaise électrique » munie de sangles. L’expérimentateur leur expliquait que ces sangles étaient destinées à empêcher toute gesticulation excessive lors de la réception des chocs cela, afin que le sujet soit bien persuadé que l’élève ne pourrait en aucun cas se libérer. L’expérimentateur fixait ensuite une électrode au poignet de ce dernier et lui passait une pommade spéciale « pour éviter brûlures et ampoules ». Il disait aux deux protagonistes que l’électrode était reliée à un stimulateur de chocs installé dans l’autre pièce.
Afin d’augmenter la crédibilité de la situation, l’expérimentateur déclarait en réponse à une question de l’élève : « Même si les chocs sont extrêmement douloureux, ils ne risquent pas de provoquer de lésion permanente. »

Exercice d'apprentissage

Le test que devait diriger le moniteur consistait en un exercice d’association de mots. Il lisait à l’élève une série de couples de mots, puis il reprenait le premier des deux termes et l’accolait à quatre autres. Par exemple, il lisait des couples de mots tels que :
Ciel bleu.
Jour frais.
Canard sauvage.
etc.
Il passait ensuite à la séquence de mots constituant le test lui-même :
Bleu : compteur, ruban, ciel, yeux.
L’élève devait alors indiquer lequel des quatre termes avait été associé initialement au premier. Il communiquait sa réponse en pressant l’un des quatre boutons disposés devant lui qui éclairait la partie correspondante de l’écran divisé en quatre cases d’une boîte installée sur l’appareil.

Stimulateur de chocs

Le tableau de commande comportait trente manettes disposées en ligne horizontale et surmontées de leur indication numérique de voltage. Elles s’échelonnaient de gauche à droite de quinze à quatre cent cinquante volts, par tranche d’augmentation de quinze volts. En outre, toujours de gauche à droite et par ordre croissant, chaque groupe de quatre manettes était distinctement assorti de l’une de ces mentions : choc léger, choc modéré, choc fort, choc très fort, choc intense, choc extrêmement intense, attention : choc dangereux Les deux manettes placées après cette dernière mention étaient simplement suivies de XXX.

 

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