Marilyn, dernières séances de Michel Schneider

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

Marilyn, dernières séances de Michel Schneider

Résumé : Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste freudien. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à se lever, de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à aimer, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau, mais pour avoir été la dernière personne à l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée morte, on l'accusa d'avoir eu sa peau. Telle est l'histoire. Deux personnes qui ne devaient pas se rencontrer et qui ne purent se quitter.


Auteur : Michel Schneider
Nombre de pages : 544
Editeur : Folio
Date de parution : janvier 2008
Prix : 21.25 euros (broché) - 8.50 euros (poche) - 8.49 euros (epub)

Avis / Critique :

Rewind.

C'est par ce mot que commence ce roman sur Marilyn Monroe, l'icône de toute une génération, morte bien trop tôt, découverte chez elle par son psychiatre, accessoirement son psychanalyste. Bourrée de barbituriques, s'est-elle suicidée ou l'a-t-on aidé à mourir ? Mystère. En tout cas, une chose est sûre, Marilyn n'allait pas bien et ce, depuis de nombreuses années. Peut-être depuis le départ d'ailleurs où sa mère, folle, fut internée en hopital.

Brisée par Hollywood qui s'en est servie dans tous les sens du terme, enfant mal-aimée, femme désirée uniquement pour son corps, Norma Jean Baker alias Marilyn Monroe n'aspirait en fait qu'à une chose : être aimé pour elle-même et qu'on l'écoute. Ecoutée ? Elle le sera par ses psychanalystes dont Anna Freud chez qui elle trouvera une oreille attentive. A New York puis à Los Angeles.

Ici, c'est la rencontre avec l'analyste Ralph Greenson, psychiatre qui nous fait découvrir une autre Marilyn que celle dépeinte par les tabloïds. Cette rencontre entre cet homme fasciné (trop) par le milieu du cinéma et Marilyn Monroe, la femme enfant, a eu des conséquences bénéfiques puis néfastes finalement l'un pour l'aute. Greenson s'est perdu en Marilyn Monroe, Marilyn s'est perdue en Greenson. Pas d'histoire de sexe, mais une histoire d'amour platonique envahissante, passionnelle, jusqu'à faire oublier au psychiatre-psychanalyste, sa déontologie.

N'a-t-il pas été trop loin en recevant Marilyn chez lui, dans sa famille, en lui permettant de dormir dans sa maison, en la recevant tous les jours, en formant un duo analyste-patient qui n'en était plus vraiment un ? L'amour qu'il lui portait a-t-il eu une incidence sur la thérapie ou bien, au contraire, celle-ci a eu un rôle salvateur dans la vie de Marilyn et lui a permis de tenir quelques années de plus ? Un peu des deux sûrement.

Lire ce livre s'est aussi découvrir une Marilyn Monroe touchante, une femme enfant, une femme qui n'a pas grandi, une femme traitée comme une vulgaire marchandise par le système, par les fans, par ses amants. Une femme qui ne savait plus qui elle était, qui luttait entre son moi profond et son autre, cet autre que les gens voulaient, réclamaient et qu'il fallait donner en pâture, alors que Marilyn n'aspirait plus au fond qu'à disparaitre, à être tranquille, à s'isoler. Une femme en perdition qui ne pouvait vivre, survivre qu'en ingurgitant des barbituriques, ravagé par l'alcool pour tenter d'annihiler ce qu'elle haïssait d'elle au plus profond : la Marilyn Monroe, cette Marilyn que tous voulaient, sauf elle et qui a relégué Norma Jean, l'a entrainé directement vers la fosse.

N'écrira-t-elle pas dailleurs dans son cahier : "Je suis le genre de fille que l'on retrouve morte dans une chambre minable, un flacon de somnifères à la main" comme un présage déjà de ce qui allait advenir...

Avec ce livre, c'est aussi le bilan du système Hollywoodien qui est dressé. Un monde de fric, pour le fric, un père ou une mère qui tue à petit feu ses enfants. Une ville de stars, de miroirs, de glaces sans tain, de reflets tronqués, de vies inventées, créées de toute pièce. C'est la Mafia, la politique, c'est un Sinatra qui n'a pas hésité à droguer Marilyn pour la prêter sexuellement à ses amis... c'est du sexe violent, de la drogue, de la saleté. C'est la destruction pleine et entière d'une personne qu'on se passait sans voir que derrière il y avait un être humain.

Comment ne pas être en perdition ?

On ne retiendra de Marilyn que ses caprices, ses retards sur les plateaux, ses déhanchements, ses poupoupidou..., sa robe qui se lève au-dessus d'une bouche d'aération, son "Happy birthday, mister président"... du surfait qui plaisait à tout le monde. Un monstre généré par tous, voulu par tous et même au début par son "interprète".

A travers des entretiens, des documents, des articles, des enregistrements, Michel Schneider nous fait part de cette relation ambiguë qui a donc lié durant 30 mois cette femme déjà perdue à son analyste qui a cherché passionnément à la sauver d'elle-même, à lui donner un semblant de famille là où déjà, la destruction était amorcée et inéluctable. Greenson a-t-il fini lui-même par se laisser déborder par sa patiente, à ne plus savoir comment gérer ce contre-transfert aliénable, à trop aimer cette femme, à l'utiliser finalement lui aussi, immanquablement... à se faire gangréner par la folie de sa patiente, schizophrène ?

Ce livre c'est l'histoire de ces deux êtres qui se lient d'une façon pathologique l'une à l'autre. Deux êtres qui n'auraient jamais dû se rencontrer, et qui ne pourront finalement se passer l'une de l'autre...  C'est l'histoire de Norma Jean qui ne savait plus comment ne plus être Marilyn Monroe...

Un Prix interallier mérité

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Extrait :

De retour de sa dernière séance avant le départ de son analyste pour l'Europe, Marilyn presse au creux de sa main la figure d'échecs. Elle se sert à boire et regarde à travers la coupe le cavalier déformé par une anamorphose dorée. Elle pleure. Pourquoi ce voile de verre toujours entre moi et ma mère, entre moi et mon image ? Elle se souvient du tournage des Desaxés. Miller et Huston voulaient lui faire jouer une Roslyn quasi invisible derrière une fenêtre alors qu'un homme la cherchait du regard. Et dans la scène suivante, elle devait scuter avec inquiétude son image dans un miroir pendant qu'elle se maquillait. "Au diable les fenêtres, les glaces. Montrez-moi. Directement. Ne me mettez pas sous verre.", avait-elle crié au metteur en scène. Elle griffonne quelques lignes dans son bloc-note :

Mardi 8. Il m'a fait un cadeau. Un échiquier. Un jeu de rois et de fous.
Les pièces peuvent toutes tuer, prendre. La plus forte est la reine. Le
roi est mort dès le début. Je ne sais pour qui je joue. J'avance mes pièces
dans le noir.
Je n'aime pas écrire. il faudrait que je trouve autre chose. Peut-être que
j'aime trop lire. Les livres ceux que j'aime vraiment, la première fois que je
les lis, j'ai l'impression que c'est comme si je les relisais, comme si je les avais
déjà lus. Un peu comme ces êtres que vous rencontrez avec la certitude qu'en
fait vous les retrouvez. Aujourd'hui, je suis tombée sur cette phrase de Kafka :
"Le capitalisme n'est pas seulement un état de la société, c'est un état de l'âme."
Les livres, je ne les termine pas. Je n'aime pas les dernières pages. Les derniers
mots. Les dernières prises. Les dernières séances.

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