Race et histoire, de Claude Levi-Strauss

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

Race et histoire, de Claude Levi-Strauss

Résumé : La diversité des cultures, la place de la civilisation occidentale dans le déroulement historique et le rôle du hasard, la relativité de l'idée de progrès, tels sont les thèmes majeurs de Race et histoire. Dans ce texte écrit dans une langue toujours claire et précise, et sans technicité exagérée, apparaissent quelques-uns des principes sur lesquels se fonde le structuralisme.


Auteur : Claude Lévi-Strauss
Nombre de pages : 127
Edition : Gallimard
Collection : Folio essais
Date de parution : 1987
Prix : 8.20 euros (poche) - 2.89 euros (occasion)

-----------------------------

Avis / Critique :
Une société se développe-t-elle seule ou grâce à l'apport des autres ? Comment expliquer les sauts faits par l'humanité qui ont donné l'écriture, l'agriculture, la technologie ? Une civilisation peut-elle être unique ou n'est-elle que le fruit de cultures humaines dont les modes de vie sont avant tout diversifiés non seulement dans le présent, mais aussi et surtout dans le passé ?
Que faut-il entendre par culture différente ?
Claude Levi-Strauss
en déduit qu'il existe des forces qui travaillent dans des directions opposées. Certaines tiennent au maintien, et même à l'accentuation de particularismes quand d'autres tendent à converger. "Les sociétés humaines ne sont jamais seules quand elles semblent les plus séparées", à l'instar des sociétés indiennes nord et sud-américaines qui, séparées durant 25 000 ans étaient en fait divisées chacune en petits groupes qui se côtoyaient finalement entre eux.
Evolutionnisme ou faux-évolutionnisme dans les deux types de culture que sont la cumulative et la stationnaire ? L'une se développe dans un sens analogue quand l'autre stagne. Les sociétés qui ont la même culture nous paraissent plus actives, se déplaçant dans le même sens que la nôtre et nous traitons alors de stationnaire, nous rabaissons celles dont les orientations divergent avec la nôtre. Mais ce "stationnaire" l'est-il réellement ou est-ce parce que nous avons dû mal à l'appréhender, à en comprendre le fonctionnement ? Une société qui supplante technologiquement les autres, est-elle évolutionniste ou se persuade-t-elle de l'être ?
N'y-a-t-il pas illusion à la manière d'une illusion d'optique ?
Nous rejetons les autres sociétés, car elles ne ressemblent pas à la nôtre. Et pourtant, Claude Levi-Strauss le rappelle dans son livre, des sociétés que nous appelons primitives ou des cultures, que nous considérons moindre, ont réussi à faire sans technologie ce que nous-mêmes sommes parvenus à réaliser bien plus tard :
- Les esquimos et les bédouins, qui ont triomphés de leur milieu hostile.
- Les polynésiens, avec l'agriculture sans terre.
Mais Lévi-Strauss le dit, aucune culture n'est stationnaire, en vérité. Elle met simplement plus de temps, elle instaure un système différent ou ne perçoit pas le petit truc qui aurait pu lui faire faire le bond technologique nécessaire pour se situer en haut de l'échelle. Les chinois ont inventé la poudre, mais il a fallu attendre l'Europe pour l'utiliser dans une arme. Les Incas connaissaient la roue, mais n'y ont pas vu un outil pour l'agriculture mais pour des jouets.

Des civilisations ont des lacunes que d'autres parviennent à rectifier et à améliorer, et ce, au fil des siècles. Une société solitaire se développera beaucoup moins vite, voire disparaitra à contrario d'une société expansive, qui intègre les apports qui lui sont donnés, les inclus, les modifie (ex: l'Europe multisociétale, mais avec une culture proche a permis l'émergence par transfert, d'avancées techniques importantes à la renaissance) .
Mais une société moderne, cumulatrice est-elle pour autant une société humaine ?  Le progrès illustré dans la société occidentale par les machines, l'industrie, n'a-t-elle pas contribué finalement à amener du même coup, l'exploitation de l'homme par l'homme et à diminué sa part d'humanité là ou une société stationnaire, dont l'apport technologique est moindre privilégie peut-être la place de l'homme ?
Sans ces sociétés stationnaires, considérées comme moins évoluées, l'Europe aurait été incapable de trouver un second souffle, C'est grâce à l'expansion coloniale, que l'Europe a échappé à la nécrose au XIXème siècle.
Les cultures, les sociétés se font donc, selon Claude Lévi-Strauss grâce à ces 2 processus contradictoires mais ô combien nécessaires l'un à l'autre. Une société monotone et conforme devient un monde menacé et ne peut être réveillé que par la diversité qui peut lui être apporté par les secondes. Et les secondes, doivent elles aussi, se mêler pour ne pas à leur tour disparaitre. 

Finalemement avec ce livre, Claude Lévi-Strauss démonte la thèse de Gobineau qui expliquait que la tare et la dégénérescence d'une civilisation tenait en son métissage. Levi-Strauss démontre, lui, au contraire que celui qui pense que sa culture est "La Culture", celle doit se répandre sur le monde, ne peut être, ne peut perdurer, évoluer, se diversifier, grandir, sans l'apport...de l'autre. 
Un livre phare des sciences humaines, à découvrir ou redécouvrir qui plaira à certains, et qui continuera à faire parler dans les cours des facultés.

Critique faite par Morgane.

-----------------

Extrait :
Nous avons suggéré que chaque société peut, de son propre point de vue, répartir les cultures en trois catégories : celles qui sont ses contemporaines, mais se trouvent situées en un autre lieu du globe ; celles qui se sont manifestées approximativement dans le même espace, mais l'ont précédées dans le temps ; celles, enfin, qui ont existé à la fois dans le temps antérieur au sien et dans un espace différent de celui où elle se place.
On a vu que ces trois groupes sont très inégalement connaissables. Dans le cas du dernier, et quand il s'agit de cultures sans écriture, sans architecture et à techniques rudimentaires (comme c'est le cas pour la moitié de la terre habitée et pour 90 à 99%, selon les régions, du laps de temps écroulé depuis le début de la civilisation), on peut dire que nous ne pouvons rien en savoir et que tout ce qu'on essaie de se présenter à leur sujet se réduit à des hypothèses gratuites.
Par contre, il est extrèmement tentant de chercher à établir, entre les cultures du premier groupe, des relations équivalant à un ordre de succession dans le temps. Comment des sociétés contemporaines, restées ignorantes de l'electricité et de la machine à vapeur, n'évoqueraient-elles pas la phase correspondante du développement de la civilisation occidentale ? Comment ne pas comparer les tribus indigènes, sans écriture et sans métallurgie, mais traçant des figures sur les parois rocheuses et fabriquant des outils de pierre, avec les formes archaïques de cette même civilisation, dont les vestiges trouvés dans les grottes de France et d'Espagne attestent la similarité ? C'est là surtout que le faux évolutionnisme s'est donné libre cours. Et pourtant, ce jeu séduisant, auquel nous nous abandonnons presque irrésistiblement chaque fois que nous en avons l'occasion (le voyageur occidental ne se complaît-il pas à retrouver le "moyen-âge" en Orient, le "siècle de Louis XIV" dans le Pékin d'avant la première guerre mondiale, l'"âge de pierre" parmi les indigènes d'Australie et de Nouvelle-Guinée ?), est extraordinairement pernicieux. Des civilisations disparues , nous n'en connaissons que quelques aspects et ceux-ci sont d'autant moins nombreux que la civilisation considérée est plus ancienne, puisque les aspects connus sont ceux-là seuls qui ont pu survivre aux destructions du temps. 

---------------

Tags : Race et histoire, Claude Lévi-Strauss, sociologie, anthropologie, racisme, Gobineau, ethnologie, psychologie, Lévi strauss, science humaine, structuralisme, symbolisme, société, caste, totémisme, structure des mythes, culture, cultures, civilisations, civilisation, cognatique

Publié dans Philosophie, Sociologie

Commenter cet article