L'ordre du jour, d'Eric Vuillard

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

L'ordre du jour, d'Eric Vuillard

Résumé : Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants.

GONCOURT 2017

Auteur : Eric Vuillard
Nombre de pages : 160
Edition : Actes Sud Editions
Collection : Un endroit où aller
Date de parution : 29 avril 2017
Prix : 16€ (Broché) - 12.99€ (epub, mobi)
ISBN : 978-2330078973

 

Avis / Critique : 

Prix Goncourt du meilleur roman 2017.
Forcément à cette annonce, l'envie de le lire se fait sentir. C'est ce qui a été fait.
Alors que vaut-il ce Goncourt ?
Eh bien, ma foi, difficile de se faire réellement une opinion sinon celle d'être mitigée sur le sujet. Oui, d'un côté, il le mérite et d'un autre, on ne peut s'empêcher de penser qu'un autre aurait tout aussi bien pu faire l'affaire, car L'ordre du jour n'a rien qui sorte du lot, sinon son sujet.
160 pages, c'est un petit livre.
Le style d'écriture se compose de virgules à gogo, de descriptions à n'en plus finir (surtout au début) qui participent grandement à ce sentiment mitigé de remplissage.

Mais et le sujet ?
Eric Vuillard s'est intéressé à une période clé de l'histoire allemande, celle de l'Anschluss.
Il débute son propos en nous faisant assister à une réunion de grands industriels allemands où l'on retrouve les PDG d'Opel, Bayer, Telefunken, Agfa, Siemens, Allianz, etc. Près d'eux se tient Goering, le général chouchou d'Hitler. Son rôle ? Demander de l'argent à ces industriels pour asseoir le parti, son expansion et remporter les élections.
D'expansion il en est d'ailleurs question quand Hitler se toque d'envahir l'Autriche. Nous sommes en 1937, l'Allemagne se remilitarise sous le regard aveugle de la France et de l'Angleterre qui ne trouvent rien à redire, et ce, depuis le début. Les deux pays ont opiné du chef lors de l'incendie du Reichstag, de l'ouverture de Dachau, de la stérilisation des malades mentaux, de la nuit des longs couteaux, du recensement des caractéristiques raciales... Rien, les deux pays n'ont pas voulu voir le danger. Pas plus qu'ils n'ont levé la main quand Hitler décide après avoir tenté d'installer un gouvernement nazi, d'envahir l'Autriche. C'est qu'il a un homme de main à l'intérieur, Hitler. Celui-ci s'appelle Seyss-Inquart.
Le torpillage interne fonctionne. Le chancelier Schuschnigg, signe en 1938, la tutelle allemande sur l'Autriche. Mais dans un dernier sursaut, il se rebelle. Hitler, furieux, va lui montrer de quel bois il se chauffe : la Werhmacht fait aussitôt route vers la frontière...

Ce sont ces quelques jours qu'Eric Vuillard nous fait principalement découvrir en essayant tant bien que mal de détailler un peu l'histoire. Il complète son propos en montrant les gains engendrés par les industriels qui ont aidé Hitler : main d’œuvre gratuite à Dachau pour Bayer, IG Farben, BMW ; Auschwitz pour Krupp, etc. Une main d’œuvre à l'espérance de vie réduite, mourante de faim. Et quand arriva la fin de la guerre et l'heure de la réparation, ces grands groupes ayant fait fortune, acceptèrent de "dédommager" les travailleurs des camps rescapés à l'image de Krupp, de 1250 dollars... jusqu'à ce que les demandeurs subitement trop nombreux ne touchent plus rien.

C'est donc une page de l'histoire allemande sinistre que nous offre Eric Vuillard et pour cela, oui, ce livre vaut le Goncourt par son sujet bien peu abordé, surtout de cette manière. A contrario, l'écriture un peu emporte-piécée, me laisse circonspecte quant au choix de ce même jury.

En conclusion : à lire pour comprendre la part des industriels allemands dans la montée du pouvoir d'Hitler, l'aveuglement des politiques de l'époque, subjugué par un Hitler dont personne n'a voulu voir l'ascension, et le déroulé des circonstances de l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne.

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Extrait : 

UNE VISITE DE COURTOISIE

UN PENCHANT obscur nous a livrés à l’ennemi, passifs et remplis de crainte. Depuis, nos livres d’Histoire ressassent l’événement effrayant, où la fulgurance et la raison auraient été d’accord. Ainsi, une fois que le haut clergé de l’industrie et de la banque eut été converti, puis les opposants réduits au silence, les seuls adversaires sérieux du régime furent les puissances étrangères. Le ton monta à mesure avec la France et l’Angleterre, en un mélange de coups de force et de bonnes paroles. Et c’est ainsi qu’en novembre 1937, entre deux mouvements d’humeur, après quelques protestations de pure forme à propos de l’annexion de la Sarre, de la remilitarisation de la Rhénanie ou du bombardement de Guernica par la légion Condor, Halifax, lord président du Conseil, se rendit en Allemagne, à titre personnel, à l’invitation d’Hermann Goering, ministre de l’Air, commandant en chef de la Luftwaffe, ministre du Reich à la forêt et à la chasse, président du défunt Reichstag – le créateur 

de la Gestapo. Voilà qui fait beaucoup, et pourtant Halifax ne tique pas, il ne lui semble pas bizarre, ce type lyrique et truculent, antisémite notoire, bardé de décorations. Et on ne peut pas dire qu’Halifax a été entourloupé par quelqu’un qui cachait son jeu, qu’il n’a pas remarqué les tenues de dandy, les titres à n’en plus finir, la rhétorique délirante, ténébreuse, la silhouette entripaillée ; non. À cette époque, on était très loin de la réunion du 20 février, les nazis avaient abandonné toute retenue. Et puis, ils ont chassé ensemble, ri ensemble, dîné ensemble ; et Hermann Goering, qui n’était pas avare en démonstrations de tendresse et de sympathie, lui qui avait dû rêver d’être acteur et qui l’était à sa manière devenu, a dû lui taper sur l’épaule, le charrier même un peu, le vieil Halifax, et lui jeter au visage quelque boniment à double sens, de ceux qui laissent leur destinataire pantois, un peu gêné, comme par une allusion sexuelle.
 

Le grand veneur l’aurait-il enveloppé dans son écharpe de brume et de poussière ? Pourtant, Lord Halifax, tout comme les vingt-quatre grands prêtres de l’industrie allemande, devait en savoir un bout sur Goering, il devait un peu connaître son histoire, sa vie de putschiste, son goût pour les uniformes de fantaisie, sa morphinomanie, son internement en Suède, le diagnostic accablant de violences, de désordre mental, de dépression, ses penchants suicidaires. Il ne pouvait pas s’en tenir au héros du baptême de l’air, au pilote de la Première Guerre, au marchand de parachutes, au vieux soldat. Ce n’était pas un naïf ou un amateur, Halifax, et il devait être trop bien renseigné pour ne pas trouver un peu curieuse cette promenade, au cours de laquelle on les aperçoit tous deux, dans un petit film, admirer le parc à bisons où Goering, furieusement décontracté, dispense ses leçons de bien-être. Il ne peut pas ne pas apercevoir l’étrange petite plume qu’il porte au chapeau, le col de fourrure, la drôle de cravate. Peut-être qu’il aime lui aussi la chasse, Halifax, comme l’aimait son vieux père, et alors il a dû prendre bien du plaisir à la Schorfheide, mais il n’a pas pu ne pas voir l’étrange veste de cuir que porte Hermann Goering, ni le poignard à sa ceinture, ne pas entendre les allusions sinistres enrobées de grasses plaisanteries. Il l’a peut-être vu tirer à l’arc, déguisé en saltimbanque ; il a sans doute vu les animaux sauvages domestiqués, le petit lionceau venir lécher le visage du maître. Et même s’il n’a rien vu de tout ça, même s’il n’a passé qu’un quart d’heure avec Goering, il a sûrement entendu parler des immenses circuits de petits trains pour enfants dans le sous-sol de sa maison, et il l’a, fatalement, entendu chuchoter tout un tas de sottises bizarres. 

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