Aimer tue, de Marcela Iacub

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

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Résumé : " Je vous présente ici ce texte posthume de mon frère, le professeur Jean-Luc Jamet, qui s'est éteint dans la plus grande solitude le 15 octobre dernier. Vedette de la psychiatrie française pendant trente ans, connu dans le monde entier pour ses ouvrages sur les perversions sexuelles et morales, adoré par sa famille et ses enfants, mon frère a fini sa vie ruiné, banni de tous, comme un véritable pestiféré. La seule chose qui l'a tenu vivant pendant sa descente aux enfers est la rédaction de cet ouvrage, qu'il a écrit avec fébrilité et sans répit pendant la phase terminale de sa maladie. Je n'ai pris connaissance du contenu du manuscrit qu'après sa mort et je tiens à préciser que je n'adhère pas à ses théories et moins encore aux remèdes qu'il souhaitait introduire pour en finir avec ce qu'il dénommait l'"enfer amoureux" de notre temps. Mais mes réticences ont cédé devant la promesse que je lui ai faite sur son lit de mort de lui trouver un éditeur. "

Auteur : Marcela Iacub
Nombre de pages : 198
Éditeur : Stock
Collection : La Bleue
Date de parution : 28 septembre 2005
Prix : 16.75€ (Broché) - 8.49€ (epub, mobi) - 3.49€ (occasion)
ISBN : 978-2234058125

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Avis / Critique :

Marcela Iacub se met dans la peau d'un thérapeute, le Dr Jamet (petit clin d’œil à Pierre Janet, l'une des figures majeures de la psychologie)  dont le frère fait éditer les cas cliniques de "patients" et en tire  une analyse, le tout tourné autour de la manipulation amoureuse.
Le premier cas voit arriver dans le cabinet de ce bon psychiatre, un certain Philippe, qui tombe fou amoureux d'une collègue et qui, pour elle, va tout quitter et abandonner : femme, enfant, mère. Seulement la vilaine n'en a pas assez et la manipulation ne s'arrête pas là.
Alors qu'il est au creux de la vague, ledit Philippe, que sa muse a quitté en lui mettant un procès sur le dos, répète les travers qui l'ont conduit là, en intégrant une secte.

Ils sont huit.
Huit portraits de manipulés, de manipulateurs, dont le sujet principal est le sexe, mais aussi la répétition de leurs affres jusqu'à s'avilir au possible. Les cas sont excessifs et quand on les lit, forcément, il est normal de penser "mais ce n'est pas possible dans la vie" tant les personnages de ce livre tombe de Charybde en Scylla et les évènements s'enchaînent à vitesse grand V.
Le manipulateur, le pervers, le sadique joue de sa victime jusqu'à la réduire à rien, ou d'en faire à son tour un manipulateur tout aussi violent.
Ici, les cas sont donc extrêmes dans le sens où la victime ne réagit pas et semble se laisser faire, se laisser mener par le bout du nez avec masochisme sans vouloir stopper la machine infernale.
Mais comment montrer la manipulation dans ses affres les plus viles sans en passer par là ?
C'est le choix de Marcela Iacub qui pousse sciemment les histoires jusqu'à la chute la plus totale.

Comme dans un livre de cas clinique, chacun des portraits est suivi d'une analyse à la sauce du "thérapeute" qui est parvenu à chaque fois à échouer dans son entremise de réhabilitation et de reconstruction de son patient, jusqu'à, suprême jouissance de Iacub, faire de lui l'objet d'une de ces manipulations.

Ce livre présenté comme un recueil professionnel peut rebuter le lecteur lambda qui passera à vitesse grand V, les explications de son personnage et ses analyses en s'appuyant sur des livres et recherches de ses "confrères".
Ce roman est à sa manière un exercice de style qui peut rebuter ou au contraire ravir.
Pour ma part, j'ai plutôt apprécié.

 

 

A lire aussi la critique de " Belle et bête " de Marcela Iacub

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Extrait

Le syndrome d'Hiroshima mon amour

 

Notre enfer amoureux actuel n'aurait jamais été possible sans la nouvelle place acquise par les femmes depuis quelques décennies. Voilà les êtres qui furent les plus exploités, les plus assujettis de l'histoire, semble-t-il, puisqu'elles n'avaient d'investissements forts qu'avec la famille, l'amour, les sentiments. On pensait, dans les années 1970 – je pensais cela tout au moins à l'époque –, que leur libération se passerait tout autrement. On avait imaginé que les femmes allaient prendre désormais la vie amoureuse d'une manière plus détachée, la détrônant du centre de leurs existences esclaves et misérables, que tout désormais s'ouvrait à elles.

Je dois avouer qu'aussi bien moi que les autres intellectuels sérieux de l'époque nous avions eu peur des effets de cela. On pensait qu'il n'y aurait plus des hommes et des femmes, que tout serait indifférencié et qu'on n'aurait plus personne pour s'occuper de l'éducation des enfants. Nous pensions que le confort doux dont elles assuraient le maintien disparaîtrait et qu'elles allaient devenir viriles et agressives. Mais voilà que c'est tout autre chose qui s'est passé. C'est l'empire du feuilleton colombien, du roman à l'eau de rose consommé par leurs mères et grands-mères pendant des siècles, qu'elles ont fait triompher dans les âmes de tous les citoyens au lieu de s'en débarrasser en elles. Ce sont leurs valeurs et leurs croyances qui se sont répandues à tout le monde sans exception. Au lieu de se transformer en hommes comme on le craignait, elles ont transformé tout le monde en femmes. Sauf que les larmes et les souffrances ne sont plus jouées par de mauvais comédiens, par les personnages de paille de ces romans stupides, par les héros qu'elles accrochaient sur les murs de leurs cuisines, mais par des êtres en chair et en os qui vivent désormais ces tragédies d'une manière bien réelle. Et puisque, entre-temps, nous avons perdu tout espoir, puisque nous sommes devenus un peuple sans projets et sans repères quoique incapables de s'y résigner, ce culte de l'amour est devenu l'emblème même d'une population qui n'attend désormais aucune transcendance. Elles ont emporté les hommes dans cette tragédie vulgaire qui a créé l'enfer dont nous héritons et qu'il faut aujourd'hui corriger.

Je me souviens clairement du début de cette culture de la sensiblerie à deux sous qui a préparé les masses aux pratiques actuelles. Je me souviens du jour où Marguerite Duras publia son

inoubliable Hiroshima mon amour. Rappelez-vous, si vous en avez l'âge, le succès que remporta cet ouvrage, sans parler de celui du film qui fut tourné par la suite. Tous les prix lui furent décernés et on avait le sentiment qu'on aurait bien voulu en créer d'autres, exprès pour les lui donner, car aucun ne paraissait suffisant pour une œuvre si supérieure.... C'était la fin des années 1950, c'était le début de l'enfer et du consentement de la population à le vivre. Car, à l'époque, les élites avec leurs prix et leurs critiques cherchaient à éduquer une population qu'ils tenaient pour rustre et ignorante. Mais souvenons-nous de cette histoire ridicule, faisons un effort, car il est vrai que personne parmi les jeunes gens ne s'en souvient.

Une femme rencontre à Hiroshima un beau Japonais un peu sot qui avait lutté du côté des forces de l'Axe. Elle se rappelle, grâce aux questions insistantes et précises qu'il lui pose, un autre amour, celui qu'elle a vécu avec un Allemand pendant la guerre. Elle évoque surtout la mort de son héroïque soldat et l'humiliation qu'on lui a fait vivre à elle par la suite.

Le couple pleure tout au long du film en évoquant cette histoire, elle prend les Alliés et le monde entier pour des salauds qui n'avaient rien compris à sa petite vie misérable que Duras compare, jouant des « subtilités » les plus grossières, avec Hiroshima, ville coupable, ville innocente, injustement dévastée. Hiroshima, c'est la blessure visible, la grande plaie sanguinolente de ses souffrances, invisibles aux yeux de tous sauf du Japonais qu'elle ravit avec ses larmes. Car elle pleure, elle sait pleurer, cette héroïne, et elle fait pleurer son Socrate de Japonais. Elle a voulu nous montrer comment nous n'avions rien compris à la guerre en ne comprenant rien aux petits sentiments misérables des uns et des autres. De la même manière que les habitants d'Hiroshima avaient été injustement mutilés par la bombe mortifère du seul fait que leur gouvernement avait été l'allié de l'Axe, son cœur lui aussi avait été victime d'un saccage injuste. L'important était de dire que seul l'amour est souverain, le souverain le plus puissant de la planète car il est l'Authenticité, la Vérité des êtres, tandis que tout le reste, cette culture maladroite des mâles, n'est que fausseté et mensonge. Cette culture-là nous étouffait de ses masques, de ses faux-semblants, de son horrible Hypocrisie. Voilà l'attitude morale qu'il semblait urgent de combattre. Cette peste ignoble qu'est l'Hypocrisie, plus ignoble encore que la guerre elle-même, qui fait que les êtres gaspillent leur existence au lieu de vivre une « vraie vie ».

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