Au détour d'un livre

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White Coffee, de Sophie Loubière

White Coffee, de Sophie Loubière

Résumé :
Pierre Lombard n'a qu'une hâte : quitter les États-Unis, retrouver sa femme et son fils, et effacer l'ardoise de ces quatre années sur la Route 66 dans l'ombre d'un tueur en série, dont il a malgré lui écrit les mémoires.
Bourré de remords, ils se sent prêt à tout pour reconquérir Lola et Gaston. Mais cette dernière ne l'a pas attendu, et son cœur bat désormais pour Desmond, l'homme qui a justement mis fin au parcours sanglant du tueur. Retenu par des conférences dans la petite ville de Chautauqua, celui-ci assiste à des événements étranges, morts suspectes et autres disparitions d'objets énigmatiques, tandis que Lola le presse de revenir en France.

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Auteur : Sophie Loubière
Nombre de pages : 500
Editeur : Fleuve Noir
Date de parution : 13 octobre 2016
Prix : 21.50 € (Broché) - 15.99 € (epub)

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Avis / Critique :
Faisant suite au précédent volume, "Black Coffee", Sophie Loubière nous emmène d'une part aux Etats-Unis et d'autre part, en France, en Lorraine où Lola, son héroïne habite. Celle-ci, après avoir fait face au tueur en série, retrouve son mari, Pierre, qui fut le "biographe" des meurtres du tueur. Si les enfants sont heureux de retrouver leur père et beau-père, Lola elle, lui en veut toujours de les avoir abandonnés quatre ans plus tôt en plein désert. De plus, elle est tombée amoureuse d'un autre homme, Desmond, professeur et neveu du tueur en série.

Les premières cent pages sont vraiment longues. Sophie Loubière s'attarde trop dans des descriptions qui alourdissent le récit alors qu'elle pose les personnages, où du moins remet en place le contexte de son précédent ouvrage. Parfois, le style se révèle même un tantinet ampoulé et ce besoin de décrire à chaque apparition les vêtements des uns et des autres n'apportent rien. On préférerait qu'elle distille ces informations au fur et à mesure. Personnellement, j'ai sauté tous ces passages qui n'apportent rien de concret au récit.

Après ces cent premières pages un peu longuettes donc, le récit prend enfin des couleurs. Sophie Loubière semble avoir trouvé son rythme et s'être débarrassée de ce trop-plein qui entravait jusqu'ici la lecture. Entre les retrouvailles des deux époux, l'amant qui ne sait trop où se placer, le mystère des apparitions fantômes dans la ville de Chautauqua et des meurtres, la continuité des investigations du FBI qui s'opère, le lecteur navigue entre France et Etats-Unis.

Trop White, pas assez black, on aurait aimé que Sophie Loubière distille une pointe de noir dans son roman. L'intrigue se fait latente, désirée et finalement se délite à la manière des apparitions fantomatiques. Il y a beaucoup de personnages, des histoires différentes les unes des autres, et des longueurs, inexorables.

Même si on finit par s'habituer, j'avoue que pour ma part, l'histoire que j'ai préférée est celle entre Pierre et sa femme. Pour le reste, l'histoire de Desmond... oui, bon. Je n'ai pas été transporté. Un roman qui aurait demandé plus de verve, de passion, de rage peut-être.

Extrait :

Chautauqua Institution

Bestor Plaza, deux hommes remontaient l'allée en direction de l'auditorium. Le président Trauer se hâtait, les pans de sa veste lui battant les hanches. Ses souliers clapotaient sur le pavé mouillé, faisaient fuir les oiseaux. Un chapeau de paille à son front, un employé municipal lui emboîtait le pas.
-- Personne d'autre n'est au courant ?
-- Personne, monsieur.
Le responsable des espaces verts s'était présenté au domicile du président Trauer alors que celui-ci sortait de sa douche.
-- Vous n'avez touché à rien, Charly ?
-- A rien. Comme la dernière fois.
Dès l'aube, le jardinier de la ville avait déployé son équipe dans les allées pour un ramassage en règle des feuilles mortes, se réservant le privilège de passer au peigne fin Bishop's Garden. Le petit square dédié à la mémoire de l'évêque John H.Vincent, cofondateur de Chautauqua Institution, possédait deux splendides érables rouges, une espèce dont les écureuils sont très friands des bourgeons. Hélas, les arbres - sans doute victimes d'un champignon - n'avaient pas encore atteint leur coloration de fin de saisons et perdaient déjà leurs feuilles. Ce matin, rejoignant le square, le jardinier avait pâli en passant devant la très honorable bâtisse victorienne du Chautauqua Women's Club.
-- je voulais vous en informer le plus vite possible.
-- Vous avez bien fait.
Ils tournèrent dans Foster Avenue et descendirent en direction du lac. Sur leur gauche, les bungalows alignaient des parterres aux couleurs d'automne, chrysanthèmes jaune-orange, pensées aux corolles laiteuses et massifs d'asters roses, de prudes rideaux agrémentant les fenêtres.
-- On y est, murmura le jardinier essouflé.
Devant eux, l'ampleur divine d'un lac dont l'hiver ne tarderait pas à figer l'onde sous un vent glacé. Mais le président Trauer ne s'intéressa pas au panorama. Quelque chose attira son regard sur la façade ouest du club-house ocre rouge. Quelque chose qu'il n'aurait jamais imaginé possible à Chautauqua.
-- Mon Dieu ! Qu'est-ce que c'est que ça ?
A gauche du porche, dans le porte-drapeau où d'habitude flottaient les couleurs du pays, on avait logé un autre genre de fanion. Tom Trauer tira de sa poche un mouchoir qu'il tamponna sur son visage.
-- Qui a bien pu faire une chose pareille ? grommela-t-il.
Sous la brise s'agitait un tissu blanc portant une inscription en lettres capitales : "DEVIL'S HOUSE".
-- C'est pas tout, monsieur, fit le jardinier. Y a autre chose de l'autre côté. ..
 

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L
Bonjour, et merci pour votre chronique. Peut-être auriez-vous mieux apprécié ce "White coffee" après avoir lu "Black coffee" car quelque chose me dit que c'est le cas. Si j'ai vu juste, alors, oui, je comprends que vous n'ayez pas accroché à Desmond G. Blur, qui est le personnage emblématique de ce roman choral et de cette trilogie (le troisième volet est à paraître en 2018). C'est un peu comme si (comparaison de style et de sujet mise à part) vous commenciez "Harry Potter" par le deuxième tome: vous perdriez bcp en empathie pour le personnage car vous ne le connaitriez pas. Dans "Black coffee", on le découvre à l'âge de 7 ans, assistant au massacre de sa famille par un tueur qui le blesse gravement. Un tueur qui le hantera toute sa vie. Cet homme, pourtant, s'est construit en résilience et non "assoiffé de vengeance". Et concernant ces pages que vous avez allègrement tournées, vous avez raison: mes romans sont mijotés à petits feux, avec un souci du détail, de réalisme, et avec une volonté de construire une pensée chez le lecteur, non de le choquer, qui peut sans doute causer l'ennui quand on s'attend à autre chose. Je n'écris pas de thrillers au sens littéral du terme, en vérité, mais des "romans noirs" qui interrogent nos propres peurs et notre société... Je suis marquée sans doute par les auteurs de ma jeunesse, Stendhal, Maupassant, Dashiell Hammett, Hemingway, Kessel, Marcel Aimé, Agatha Christie, par la poésie de leurs mots ou la force de leurs descriptions, l'évocation à fleur de peau de leurs personnages et l'importance du passé. Je crois sincèrement que toutes les histoires, même les thrillers, ne se mènent pas à tambour battant... Quoi qu'il en soit, encore merci d'avoir pris le temps de parcourir ce "White coffee" et je prends bien note de vos remarques. Etre lu, pour un auteur, est toujours un cadeau magnifique :-). Bonne continuation à vous.
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