Au détour d'un livre

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Critiques littéraires, avis, livres gratuits, news. “Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux.” (Jules Renard) -

Les tabous de l'histoire, de Marc Ferro

 

Résumé : Le tabou, c'est tout ce que l'on n'ose pas dire en certaines circonstances. L'Histoire recèle un grand nombre de ces silences-là, qui ne sont ni des oublis ni des interdits.
Repérer les tabous nous permet de saisir le non-dit des sociétés à travers la manière dont on nous raconte leur histoire. Tabous d'origine chrétienne, monarchique, républicaine ou soviétique évitent de se poser les questions qui troublent.
 

Auteur : Marc Ferro
Nombre de pages : 168
Edition : Robert Laffont
Collection : Documento
Date de parution : 14 mars 2013
Prix : 17€ (Broché) - 3.90€ (poche) - 4.99€ (epub, mobi)
ISBN : 978-2221135143

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Avis / critique :

Marc Ferro, directeur de recherche à l'école des hautes études en sciences sociales a décidé de s'attaquer aux tabous dans l'histoire. Spécialiste de la Russie, il va dans cet essai en parler largement. Et c'est peut-être bien là le reproche qu'on puisse lui faire. En effet, Marc Ferro fait une large place à la Seconde Guerre mondiale et ensuite à nos voisins russes. en revenant sur les débuts du bolchévisme et sur l'affaire de la tuerie des Romanov
On pouvait attendre de cet ouvrage et de son auteur certaines révélations puisqu'il est question ici de tabous dont l'auteur nous laisse penser qu'il va nous les révéler. Et finalement, en guise de révélations, le lecteur n'aura pas grand-chose à se mettre sous la dent, rien du moins qui puisse révolutionner l'histoire, hormis peut-être les interrogations sur la mort de la famille impériale Russe.
Il débute avec Jeanne d'Arc, se posant la question : pourquoi tait-on que Jeanne la pucelle n'avait pas les ennuis menstruels des filles et n'avait guère d'attirance pour les garçons, reprenant le témoignage d'un de ses compagnons de l'époque, Jean d'Aulun. Jeanne était-elle un garçon ou bien était-elle asexuelle ? Nous ne saurons rien de ce pense Marc Ferro qui clôt là le sujet, nous servant l'anecdote du tabou qui entoure Jeanne chez les historiens et montrant que lui-même lors d'une interview s'est censuré à ce sujet.
Il parle ensuite du tabou qui entoure la papauté, arguant que leur pouvoir finalement n'est que le fruit des clercs copistes qui souhaitait glorifier l'église et énumérait les avantages et les droits acquis par les papes. Ensuite, Marc Ferro s’intéresse aux origines des figures du bolchévisme rappelant qu'il est mal venu (et donc tabou) de rappeler que Lénine fomenta un coup d'état à l'intérieur du parti, renversant le gouvernement provisoire établi au sortir de la révolution d'octobre ; que c'est en Lettonie qu'on comptait le plus de bolchéviste et donc de révolutionnaires et non en Russie ; que les familles de Lénine et de Kollontai, les chantres de la révolution étaient des hauts cadres de l'impérialisme.
Marc Ferro rappelle également, par exemple en France, que les protestants français poursuivis par la royauté prévoyaient d'instaurer une république à la Rochelle et donc de se libérer de la France et que c'est pour cela que Richelieu a ordonné le siège. L'auteur rappelle également que de tout temps, il y a eu des esclaves aussi bien noirs que blancs, et remet en perspective un tabou qui voudrait que seuls les noirs aient été esclaves.

Bref, Marc Ferro rappelle dans son essai certains faits, puis se contente d'en effleurer d'autres. Mais peut-on parler de tabou pour tous ? On reste donc un peu dans la déception à la lecture de cet ouvrage, hormis peut-être en ce qui concerne la question des Romanov où l'auteur parvient, grâce à des témoignages d'époque, des documents, à nous faire nous interroger et à relancer l’énigme que l'on pensait définitivement mise au placard avec la découverte d'ossements et de vêtements.

Ce "Les tabous de l'histoire" fait un certain brassage d'évènements historiques, rappelle des faits, mais on peut reprocher à Marc Ferro de ne pas trop se mouiller (peut-être par peur de secouer le cocotier de la bien-pensance qui est plus que jamais à l'ordre du jour aujourd'hui). On s'attend avec ce type d'ouvrage de vraies révélations, de vrais "tabous" et finalement, on en ressort assez déçu, alors qu'il y a matière à faire en reprenant tous les faits historiques qui jalonnent l'histoire du monde et auxquels se sont attaqués , heureusement, d'autres auteurs.

Cet essai "Les tabous de l'histoire" est donc peu abouti, manque de substance, de controverse, de partis pris. Bien dommage.
 

 

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Extrait :

Comment l’idée vint à un historien

Non, pour dire vrai, l’idée d’étudier les tabous ne m’est pas venue de façon raisonnée, par exemple en me proposant de confronter tabous et interdits, silences et tabous. Cette idée m’est tombée dessus comme par mégarde... 

Je venais de publier Comment on raconte l’Histoire aux enfants à travers le monde entier quand je fus invité à l’émission Les Dossiers de l’écran où on me demandait de participer à un débat sur Jeanne d’Arc, l’émission présentant le film de Victor Fleming avec Ingrid Bergman. On me conviait à ce débat parce que j’expliquais que dans les manuels scolaires en URSS à l’époque, vers 1980, Jeanne d’Arc figurait l’incarnation d’une grande héroïne patriotique, tout comme Alexandre Nevski. Quand on m’a fait cette invitation, je l’ai refusée, n’étant pas un spécialiste de Jeanne d’Arc. Mon éditeur, Jean-Luc Pidoux Payot, m’a tancé : « Marc Ferro, cela ne se fait pas ; quand on a la chance d’être invité à la télévision pour parler de son livre, on y va. » 

Ainsi, j’allais obtempérer, mais je ne pouvais pas me contenter de répéter que Jeanne d’Arc était considérée comme une héroïne en URSS, ce qui témoignait qu’on y développe le sentiment patriotique : c’aurait été un peu court. 

Ajoutait à ma mauvaise humeur le fait que j’avais un faible pour Ingrid Bergman, que Humphrey Bogart m’a soufflée dans Casablanca après m’avoir soufflé Lauren Bacall. Aussi étais-je mal disposé pour parler d’un film que j’avais déjà vu et qui, de plus, m’avait ennuyé. Mais enfin, il fallait y aller. 

Je me mis au travail, relus tous les bons auteurs, et ne trouvais vraiment rien d’original à ajouter à leurs savants écrits. Or voilà que je tombe sur les ouvrages, en anglais, d’Edward Lucie Smith et Robert B. Greenblatt, où l’on abordait une question que je ne m’étais jamais posée, s’appuyant sur un témoignage de Jean d’Aulun, l’un des compagnons de Jeanne d’Arc qui rappelle qu’« elle n’avait pas les ennuis habituels des jeunes femmes» et qu’elle n’avait guère d’attirance pour les garçons. J’apprends donc par ces auteurs anglo-saxons que certaines filles peuvent avoir des étourdissements, des « visions », que sais-je. C’était quelque chose de sensationnel dont je n’avais jamais vu la trace ailleurs. Muni de ces informations et ainsi ragaillardi, je me rends à l’émission. Là, je me trouve à côté de l’archevêque de Rouen, de plusieurs thuriféraires de Jeanne d’Arc dont Régine Pernoud , spécialiste brevetée de chacune des minutes de sa vie, et de ceux qui se présentent comme ses pieux défenseurs. Chacun à son tour donne un avis, nécessairement sacré et consacré, lorsque l’animateur de l’émission, Alain Jérôme, m’interpelle : « Et vous, Marc Ferro, qu’avez-vous à dire sur Jeanne d’Arc ? »

Alors j’ai senti d’un coup ma bouche se glacer, mes lèvres trembler et j’ai répondu qu’« en Russie, Jeanne d’Arc était considérée comme une héroïne nationale, à l’égal d’Alexandre Nevski... ». Et je n’ai pu émettre aucun autre son. 

C’est ce jour-là que j’ai compris ce qu’était un tabou : « ce sur quoi on fait silence, par crainte, par pudeur », confirme Alain Rey. On le différencie, bien sûr, de l’interdit qui s’applique plus précisément à ce qui n’est pas autorisé, et il se distingue de l’autocensure ou de la censure constamment invoquées pour rendre compte de tous les silences de l’Histoire. 

Ainsi est né ce projet de rechercher les tabous de l’histoire, d’en esquisser une première sélection, mais surtout d’en comprendre les données, les enjeux. 

Ni un inventaire, même partiel, ni un florilège .

Plutôt une étude de cas empruntés à l’histoire des institutions, à la manière de procéder des enquêtes judiciaires, à la tradition religieuse et savante, à l’imaginaire artiste. 

Aujourd’hui, on emploie le mot « tabou » en toutes circonstances. On dit : « Il y a eu un tabou sur les tortures pendant la guerre d’Algérie. » Non. On les a évoquées ouvertement et plusieurs fois : dès 1957, Robert Bonnaud en donnait de multiples exemples dans un article d’Esprit, « La paix des Nememtchas », et cela trois ans avant l’Appel des 121. Il y a eu certes une censure portant sur ces tortures, puis un long silence, et divers événements ont réactualisé ce problème. En Algérie, avant la guerre, on évoquait les « sévices » dont les « Arabes» étaient les victimes; en revanche parler du « problème algérien » est longtemps demeuré un tabou dans bien des milieux, au moins parmi les Français d’Algérie, j’en témoigne.

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