Au détour d'un livre

Au détour d'un livre

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Le dernier message, de Nicolas Beuglet

"Le dernier message, de Nicolas Beuglet" "avis, critique" "www.audetourdunlivre.com"

 

Résumé :

Île d'Iona, à l'ouest de l'Ecosse. des plaines d'herbes brunes parsemées de roches noires. Et au bout du " Chemin des morts ", la silhouette grise du monastère.
Derrière ces murs suppliciés par le vent, un pensionnaire vient d'être retrouvé assassiné. Son corps mutilé de la plus étrange des façons. C'est l'inspectrice écossaise Grace Campbell qui est chargée de l'enquête. Après un an de mise à l'écart, elle joue sa carrière, elle le sait.

Auteur : Nicolas Beuglet
Nombre de pages : 398
Edition : XO Editions
Date de parution : 17 septembre 2020
Prix : 19.90€ (Broché) - 22.90€ (audio) - 12.99€ (epub, mobi)
ISBN : 978-2374482132

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Avis / Critique :

Grace Campbell a laissé échapper un violeur à cause de kilos en trop et la voilà placarder par ses camarades et sa hiérarchie qui l'envoie enquêter sur l'île sombre d'Iona, au bout de l’Écosse. Pour eux, c'est une mise au placard, pour elle, c'est l'enquête qui peut la ramener sur le devant de la scène.
Dans le monastère où elle se rend, un moine vient d'être assassiné. L'homme, un érudit et scientifique a eu le cerveau liquéfié comme aux temps des Égyptiens. Mais Grace découvre bien vite que l'homme n'était pas un vrai moine mais un scientifique qui travaillait pour un consortium qui prévoit la fin de l'humanité via la baisse du QI et qui avait remarqué qu'au temps du big bang, il s'est passé quelque chose d'étrange.
Le scientifique mort, il en reste un autre à retrouver et à sauvegarder.
Grace va être aidé en cela par une agente de la DEA, Naïs qui enquête elle aussi sur ce même consortium appelé Hadès et qui se diversifie en plusieurs entités toutes tirées de la mythologie grecque comme Olympe.
L'enquête prend donc une nouvelle tournure et entraîne le lecteur chez les Inuits, à la poursuite de cet autre scientifique également chassé par un homme de main de la société dont il a fait jadis partie. Une société qui n'a de cesse de grandir et de vouloir changer le monde, notamment en donnant aux entreprises telles que les GAFAM les moyens de contrôler et d'abêtir les gens.

Ce livre de Nicolas Beuglet est bien plus lent que les précédents qui avait pour héroïne, Sarah Geringën. Le thème choisi ici est d'actualité et utilise les recherches actuelles, les sciences cognitives, et mêlent l'histoire et la génétique pour nous apporter une trame de thriller intéressante, mais que l'on pourra trouver un peu trop poussée par moments (j'entends par là les révélations sur les deux savants, par exemple). Grace est plus humaine que Sarah, mais là aussi on sent que Beuglet aime que celles-ci soient dans l'angoisse ou malheureuses, car il se fait un malin plaisir au moment ou tout va bien, à leur apporter leur once de malheur, ce qui va les marquer par la suite.

Une entrée en matière plutôt intéressante qui se passe dans le grand froid, et qui veut mettre en exergue deux théories : l'origine du monde et le recul de l'intelligence vu par Nicolas Beuglet, le tout sous forme de thriller. Bon, autant le dire, ce livre ne vaut pas les précédents. D'une part, les descriptions sont longues, l'histoire comme je l'ai dit se montre parfois un brin grand guignol (on peut avoir du mal à y adhérer, ce fut mon cas). C'est dommage, car le postulat de départ donnait envie de lire la suite. Je l'ai fait pour le personnage, mais cette lecture fut poussive.
Dommage.

 

 

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Le dernier message, de Nicolas Beuglet (La critique) - "www.audetourdunlivre.com"

Extrait :

– 6 –

Grace fit signe à l’abbé de lui accorder un instant et elle s’enferma dans la cellule de la victime.

La pluie s’était arrêtée et le ciel laissait filtrer une lumière grisâtre qui éclairait tristement la chambre.

— Pourquoi dites-vous ça ? demanda-t-elle au médecin légiste.

— D’abord, je voudrais vérifier quelque chose avec vous. À mon avis, on ne sera pas sur l’île avant un moment, d’après la météo. Si vous voulez avancer, il va falloir que vous mettiez un peu les mains dans le cambouis à ma place. Vous avez un stylo sur vous ?

— Oui.

— Bon, ce n’est pas l’idéal, mais faute de mieux, soyons astucieux. Je préfère vous prévenir, ça ne va pas être très plaisant, mais… vous avez dû en voir d’autres.

— Vu, oui… pratiqué, pas forcément, répondit Grace avec une légère appréhension.

— Bien, vous êtes à côté du corps ?

Elle s’agenouilla.

— C’est bon.

— Vous allez à présent glisser le stylo dans la fosse nasale gauche de la victime. Progressez avec précaution. Vous me dites lorsque vous sentez une résistance.

Grace s’exécuta en grimaçant à l’idée de subir la même chose.

— Alors ? insista le médecin.

Elle avait déjà introduit la moitié et fut surprise de voir la sonde improvisée continuer à s’enfoncer.

— Rien… et le stylo est intégralement inséré dans la fosse nasale.

— C’est bien ce que je pensais…, souffla le docteur Murray. Enlevez-le délicatement.

Grace déposa l’objet souillé d’un liquide rougeâtre à côté du visage du cadavre.

— Vous pensiez quoi ?

— Si vous êtes parvenue à entrer la sonde aussi loin, c’est que l’os ethmoïde a été brisé. C’est celui qui fait la séparation entre la cloison nasale et le cerveau. Et compte tenu de l’apparence de la substance rosée que vous avez trouvée sous le nez, il y a 90 % de chances que la victime ait été excérébrée.

— Quoi ?

— On lui a retiré le cerveau.

Avec l’odeur de sang caillé et de cadavre qui baignait l’étroite cellule, Grace sentit le besoin de s’asseoir un instant.

— Inspectrice ?

— Oui… je vous écoute.

— L’assassin a très probablement procédé comme le faisaient les embaumeurs de momies dans l’Égypte antique. Il a introduit un crochet métallique dans la narine, transpercé l’os ethmoïde, puis il a réduit le cerveau en bouillie en agitant rapidement l’outil de gauche à droite de manière que la cervelle liquéfiée s’écoule ensuite par l’orifice. La substance qui a séché sous le nez est très certainement un résidu de la cervelle de la victime.

Grace comprenait maintenant pourquoi le crâne lui avait semblé si léger lorsqu’elle l’avait manipulé.

— Compte tenu des marques à la face que j’ai pu constater sur les photos que vous m’avez envoyées, reprit le légiste, il n’est pas interdit de penser que la victime ait pu être vivante au moment de l’excérébration. Mais cela demandera un examen plus poussé.

Mesurant la cruauté du possible supplice, Grace ferma les yeux, comme un croyant se recueillerait sur la tombe d’un proche.

— Merci, docteur Murray, souffla-t-elle. Faites au plus vite.

Elle raccrocha alors que les questions se bousculaient dans sa tête. Pourquoi retirer le cerveau de sa victime ? Elle n’avait jamais entendu parler d’un cas similaire. Ni sur le terrain, ni dans la littérature judiciaire qu’elle avait étudiée à l’école de police, il y a plus dix ans. Pour quelle raison pouvait-on mutiler quelqu’un ainsi ?

Les paroles de l’abbé sur la personnalité d’Anton lui revinrent en mémoire. Il n’avait cessé de louer sa culture, son goût du savoir, la vivacité de son esprit. Cette excérébration était-elle la vengeance absolue d’une personne jalouse de l’intelligence d’Anton ? Si jalouse qu’au-delà de la mort, elle aurait voulu détruire la source même de cette intelligence ?

Des coups frappés à la porte de la chambre la tirèrent de ses pensées.

— Inspectrice, souffla l’abbé. Il ne reste plus que dix minutes avant la fin du travail de copie de manuscrits. Mes frères vont ensuite quitter le scriptorium pour aller prier à la chapelle pendant une demi-heure et je me devrai d’être avec eux. Si vous voulez visiter les cellules…

Grace se releva et regarda la victime. Elle avait du mal à imaginer que plus aucun cerveau ne reposait sous ce crâne. En plus de sa vie, c’était son âme que l’assassin lui avait volée.

Perturbée, elle referma la porte à clé derrière elle. Quel frère avait pu commettre un crime pareil ?

— Vous avez du nouveau ? murmura l’abbé dès qu’elle fut sortie.

— Je comprends votre empressement, mais ce n’est pas à un moine que je vais apprendre la patience, n’est-ce pas ?

— Pardonnez-moi, je suis…

Grace hocha la tête avec empathie avant de reprendre.

— Je vais aller inspecter les chambres, mais d’abord, n’y a-t-il pas un moyen d’observer vos frères au travail sans qu’ils me voient ?

— Pour… pourquoi voulez-vous faire ça ?

Grace savait que connaître à l’avance le visage de celui que l’on va questionner conférait toujours un avantage lors de l’interrogatoire. Pendant les premières secondes, le cerveau de l’interrogé devait appréhender le physique de celui qu’il avait en face de lui, et n’avait donc pas toute sa disponibilité intellectuelle pour réfléchir. Grace pouvait alors profiter de cette brève fenêtre de vulnérabilité pour piéger son interlocuteur.

— C’est possible ? se contenta-t-elle de répliquer.

— Oui… Comme dans la plupart des monastères, un œilleton a jadis été aménagé dans le bureau de l’abbé pour qu’il puisse discrètement surveiller le travail de ses frères au scriptorium.

Ils abandonnèrent le quartier des cellules des pensionnaires et franchirent la porte qui conduisait dans la partie opposée du bâtiment.

Après avoir traversé deux salles au plafond soutenu par un harmonieux entrecroisement d’arches, ils évoluaient à présent dans un large corridor où des tableaux de saints, accrochés aux murs à plusieurs mètres de haut, les suivaient du regard.

Grace fronça le nez : une odeur d’encens engourdissait l’air avec une épaisseur sans cesse accrue.

— La chapelle est là, à droite, souffla l’abbé, toujours en train d’épier les alentours avec la détresse d’un animal traqué. Et mon bureau est ici, en face.

Il ouvrit une porte fermée à clé et les flammes chancelantes de la torche ébauchèrent une pièce sobre agrémentée d’un bureau, d’une bibliothèque et d’une fenêtre en ogive.

L’abbé Cameron fit signe à Grace de s’avancer discrètement alors qu’il faisait pivoter la base d’un crucifix fixé au mur. Avec précaution, il plaqua son œil sur le trou dévoilé.

— Le scriptorium est de l’autre côté de cette paroi, chuchota-t-il en reculant pour laisser la jeune femme prendre sa place. Ils sont tous là, au travail, comme si de rien n’était.

Grimaçant au contact glacial de la pierre sur sa peau, Grace appuya son visage contre la cavité. Au bout du canon que formait le cylindre-espion, elle les vit. Côte à côte sur une même ligne, dans un silence troublé parfois par le grattement d’une plume sur un papier sec, ils étaient tous les quatre assis devant leur pupitre, penchés sur leur œuvre minutieuse, leurs visages peints par les lueurs orangées des bougies dressées sur leur table de travail. Si un cadavre au cerveau arraché ne gisait pas à quelques mètres d’ici, Grace aurait pu croire à la sérénité d’un tel spectacle. Mais derrière l’un de ces fronts studieux absorbés par leur noble tâche, un monstre de culpabilité se débattait à l’insu de tous.

— Complètement à votre gauche, vous avez frère Colin. C’est lui qui est venu me voir tout à l’heure…

D’une silhouette frêle perdue dans sa robe de bure, avec son air juvénile, sa lèvre supérieure ourlée d’un duvet noir, sa peau laiteuse piquetée de boutons d’acné, son regard froncé sous de broussailleux sourcils et ses mouvements plus nerveux que ceux de ses camarades, ce moine avait des allures d’adolescent en pleine crise de puberté.

 

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