En dernière analyse, de Amanda Cross

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

En dernière analyse, de Amanda Cross

Résumé :
Janet Harrison a été assassinée dans le cabinet du psychanalyste Emanuel Bauer, qu'elle voyait depuis sept semaines. Elle a été poignardée avec un couteau provenant de la cuisine de Bauer. La police peut-elle imaginer un seul instant un psychanalyste capable de tuer une patiente sur son propre divan ? C'est la question que se pose Kate Fansler. Question d'autant plus pertinente que c'est elle qui a adressé Janet, une de ses étudiantes, à son ami Bauer.

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Auteur : Amanda Cross
Nombre de pages : 304
Edition : Payot et Rivages
Collection : Rivages Mystères
Date de parution : 30 septembre 1994
Prix : 2.27 euros (broché) - 1.89 euros (poche)


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Avis / Critique :

En venant faire une séance de psychanalyse, la jeune étudiante Janet ne pensait pas se retrouver avec un couteau planté dans le ventre. Kate Fansler, amie du praticien et professeur de la jeune fille doute de la culpabilité de son ami et ancien amant. A l'aide de son futur neveu par alliance, elle décide de démêler les écheveaux de cette affaire. Qui donc pouvait bien en vouloir à son étudiante et comment le crime a-t-il pu se produire dans un délai si court entre deux séances ? S'aidant des informations que lui fournit son ami du district Attorney, kate fouille dans la vie du médecin qui partage le palier avec l'analyste, les patients de son ami Emmanuel, le prétendu amant secret de la jeune Janet. Et qui est ce mystérieux homme à qui Janet aurait légué son argent ? Que cachait la jeune fille dans sa chambre à l'université pour que celle-ci soit fouillée la veille de son assassinat ?

Premier tome d'une série de 14 romans, Amanda Cross alias Carolyn Helbrun, marque la littérature policière féminine avec son héroïne, Kate Fansler.  Ecrit en 1964, ce roman conserve les traditions de l'écriture que l'on peut retrouver chez ses pairs de l'époque et qui seront abandonnés par la suite, par la nouvelle génération d'écrivains, C'est-à-dire, beaucoup de narration dans les dialogues, de digressions. La vie des protagonistes est narrée en même temps que le lecteur suit l'affaire au travers des comptes-rendus de chacun des protagonistes. Ici, pas d'action, tout est dans l'expression. Parfois, c'est juste un peu trop justement et cela enlève de la dynamique déjà difficile à trouver à cause du postulat pris par l'auteur avec sa plume universitaire. 

Dans l'ensemble, le livre est plutôt une réussite. L'histoire bien posée, des personnages intéressants. Seul le style peut parfois déconcerter les lecteurs d'aujourd'hui, plus habitué à de courtes phrases et à des dialogues incisifs, moins policés. Amanda Cross n'en oublie pas moins l'humour, qui ponctue son ouvrage et les mots de son héroïne principale, et de son assistant détective. Il y a aussi un petit côté, ambiance de films de détective en noir et blanc des années 50-60 qui n'est pas déplaisant à retrouver.

Extrait :

Reed Amhearst était adjoint du District Attorney, encore que Kate n’ait jamais distingué très exactement les fonctions que recouvrait ce titre. Apparemment, il faisait fréquemment acte de présence à la cour, et trouvait son travail à la fois captivant et harassant. Lui et Kate s’étaient rencontrés par hasard bien des années auparavant, au cours de la fugace période de son existence qu’elle avait consacrée à des activités politiques, lorsqu’elle travaillait pour un club réformiste. Pour Reed, en revanche, la politique avait revêtu un aspect nettement plus durable, mais après que Kate avait donné sa démission, anéantie par le premier et dernier combat qu’elle ait jamais livré dans une primaire, Reed et elle avaient continué à se voir, sur le mode amical, pour ainsi dire. Ils avaient dîné ensemble, ou bien s’étaient rendus de temps en temps au théâtre, et avaient partagé de nombreux éclats de rire. Quand d’aventure l’un ou l’autre avait besoin d’un cavalier ou d’une cavalière pour l’accompagner à un événement mondain et ne désirait pas, pour telle ou telle raison, s’y montrer en compagnie d’une autre de ses relations intimes, ils s’y rendaient, le cas échéant, de conserve. Comme ni l’un ni l’autre n’étaient mariés, comme ni l’un ni l’autre n’avaient jamais pu envisager un seul instant la perspective proprement insultante de se marier ensemble, leur relation épisodique avait fini par devenir une constante au milieu de toutes les variables de leur vie sociale.
Ainsi auraient-ils pu continuer indéfiniment de se retrouver de cette façon intermittente, jusqu’à l’heure d’entrer en vacillant dans une aimable vieillesse, si Reed, dans une succession d’entêtements et d’erreurs de jugement, ne s’était fourvoyé dans un très moche bourbier. Kate avait, depuis belle lurette, perdu de vue les détails précis de l’affaire, convaincue comme elle l’était que la faculté d’oublier était l’une des obligations primordiales de l’amitié, mais ni l’un ni l’autre, en revanche, n’avaient jamais oublié que c’était Kate qui l’avait sorti dudit bourbier, quand il était au bord du gouffre. Ce faisant, elle en avait fait son débiteur, mais Reed était quelqu’un d’assez bien élevé pour savoir accepter une fleur sans en tenir ensuite rigueur à celui qui la lui avait faite. La seule idée d’exiger le remboursement de sa dette répugnait à Kate et, réalisait-elle subitement, en allant lui tirer les basques maintenant, c’était précisément ce qu’elle semblerait faire. C’est pourquoi, en dépit de sa détermination de la veille, elle dut peser le pour et le contre pendant deux bonnes heures avant de se risquer à lui téléphoner.

D’un autre côté, néanmoins, il y avait l’obligation morale, tout aussi impérieuse, de venir en aide à Emanuel. Et personne, Kate en était convaincue, ne pouvait l’aider, à moins de simultanément partager avec la police les renseignements dont elle disposait et, avec Kate, sa foi en l’innocence d’Emanuel. Et le seul accès à ces renseignements semblait passer par Reed. Maudissant la tournure de son esprit, trop délicat, trop sensible à des dilemmes cornéliens que des gens plus raisonnables qu’elle auraient tenus pour quantités négligeables, maudissant Reed d’avoir eu jamais besoin de son assistance, elle résolut finalement, après avoir pris deux aspirines, avalé huit tasses de café et copieusement arpenté son salon de long en large, d’avoir recours à lui. C’était un jeudi, première bonne nouvelle, puisqu’elle n’avait pas cours. Avec une bouffée de nostalgie pour cette matinée de mardi passée dans les réserves – aurait-elle jamais l’occasion de revenir un jour à Thomas Carlyle, laissé pour compte au beau milieu de l’une des plus anciennes de ses péroraisons ? – elle s’empara du téléphone.
Elle joignit Reed au moment précis où il sortait de chez lui pour une mission urgente. Il avait, bien sûr, entendu parler du « cadavre sur le divan », ainsi qu’ils semblaient avoir baptisé l’affaire (Kate refoula un grognement hargneux). Lorsqu’il saisit enfin ce qu’elle voulait de lui – le dossier de l’affaire au complet (si tel était bien le terme en vigueur) – il garda le silence le plus absolu pendant une vingtaine de secondes au bas mot, qui lui parurent une heure.
— Un bon ami à toi ? s’enquit-il.
— Oui, répondit Kate, et dans une vache de mauvaise passe, tout à fait injuste.

 


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