Au détour d'un livre

Au détour d'un livre

Critiques littéraires, avis, livres gratuits, news. “Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux.” (Jules Renard) -

Le Dragon du Muveran, de Marc Voltenauer

 

Résumé : Le village de Gryon, dans les Alpes vaudoises, est en émoi : dans le temple gît un cadavre, nu, allongé sur la table sainte, les bras écartés à l'image du Christ crucifié, les orbites vides et ensanglantées. À l'extrémité du couteau qui lui a transpercé le cœur, un message : « Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres ! » L'inspecteur Andreas Auer est rapidement convaincu que ce meurtre est le premier acte d'une mise en scène macabre et symbolique. Peu à peu, les secrets que certains villageois auraient préféré garder enfouis refont surface et viennent semer le trouble dans ce lieu d'habitude si paisible...

Auteur : Marc Voltenauer
Nombre de pages : 608
Édition : Pocket
Collection : Thriller
Date de parution : 7 septembre 2017
Prix : 19.50€ (Broché) - 12.99€ (epub, mobi) - 8.95€ (poche) - 0€ (essai audiolibre)
ISBN : 978-2266274067

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Avis / Critique :

 

Dans les Alpes suisses, un commissaire de police, Andreas Auer, enquête sur une série de meurtres atroces perpétrés sur des notables du village. Il est aidé, entre autres, de son compagnon, Mickaël, et de sa collègue Karine.
L’intrigue n’est pas spécialement originale, mais elle tient gentiment la route et nous laisse suffisamment en haleine pour aller jusqu’au bout du livre malgré son style poussif.
Car le problème de ce livre, c’est son style trop poussiéreux. Il est rempli de passé simple et de description stéréotypées. Sans compter les nombreuses digressions, heureusement jamais trop longues, qui ne servent pas vraiment l’histoire et qui semblent là surtout pour faire du remplissage.
Côté personnages, on est plutôt dans le stéréotype. L’épaisseur psychologique des personnages est à peu près celle d’une feuille de papier à cigarette, si ce n’est quelques éléments autobiographiques  glissés par l’auteur : un des personnages a voulu être pasteur, le personnage principal est gay...

On a bien souvent envie d’arrêter la lecture du livre tant ce style est énervant. Ce qui le sauve, c’est son « exotisme », car il se déroule en Suisse romande, au cœur des Alpes. Un lieu qu’on ne connaît pas vraiment… La description des lieux, le vocabulaire, le microcosme local semble être plutôt bien rendu et c’est dépaysant.
Soyons clair, ce n’est pas de la grande littérature. La lecture de ce livre n’est pas vraiment désagréable mais elle est dispensable.

 

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Extrait :

 

Andreas rejoignit la place de la fontaine devant le temple. Karine, sa collègue, et Christophe, de la police scientifique, arrivaient, suivis de près par le médecin légiste.
Le cœur du village était devenu le théâtre d’un rassemblement de voitures bloquant l’accès de toutes parts. Des curieux arrivés entre-temps complétaient ce tableau insolite. La lumière orange des gyrophares se reflétait sur les vitres des chalets entourant la place.
Andreas, après avoir récupéré un carnet vierge dans la boîte à gants de sa voiture, fit un signe à ses collègues qui le suivirent à l’intérieur du temple. Parvenus près de la table sainte, ils formèrent un arc de cercle et observèrent la scène qui se présentait devant eux.
- Oh, mon Dieu ! s’exclama Karine avec stupeur.
- Tu ne crois pas si bien dire, compléta Andreas.
Christophe avait mis la main devant sa bouche et ouvert grands les yeux. Le légiste, lui, affichait un regard intrigué, tout en se grattant le sommet du crâne avec sa main droite. Andreas leur fit un bref point de la situation.
Sans perdre de temps, Christophe sortit son appareil photo et commença à mitrailler la scène de tous les côtés. Le médecin légiste attendit avec une impatience certaine que son collègue ait terminé et s'approcha du corps pour s’atteler à son travail.
- Nous voilà en plein Da Vinci Code ! s’exclama Karine, qui sentait monter l’adrénaline.
Karine avait trente-six ans. En l’absence d’un fils, son père, gendarme, l’avait initiée dès son plus jeune âge aux sports de combat. Elle était ceinture rouge, la plus élevée en jiu-jitsu. Elle avait un visage qu’on ne pouvait pas qualifier d’harmonieux, mais qui était expressif. Un regard pénétrant. Par sa prestance et sa détermination, elle en imposait, même au plus courageux des hommes. Son plus grand bonheur était de maîtriser son adversaire. Dans les situations où il fallait intervenir physiquement, elle était toujours la plus prompte. Cela convenait à Andreas, qui, sous ses faux airs de macho, n'appréciait guère les combats rapprochés.
- Le meurtrier a conçu une véritable mise en scène. Un décor de théâtre ou un tableau ? Oui, un tableau ! répéta Andreas.
Était-ce de l’art? Le meurtrier, un artiste ? Dans cette scène, tout était sens et symbole. Rien n'avait été laissé au hasard. Il délivrait un message.
Andreas sortit son carnet et son crayon. Sur la première page, il inscrivit Gryon, meurtre dans le temple et la date. il tourna la page et y fit une annotation, au milieu, qu’il souligna deux fois d’un coup de crayon énergique. Un message pour qui ?
Pour nous ?
Pour la pasteure ?
Pour la société ?
Pour Dieu lui-même ?  
Il avait pour habitude d’écrire les idées qui émergeaient dans son esprit et qu’il ne voulait pas laisser s’égarer dans le tourbillon de ses pensées. Les éléments qui lui paraissaient importants. Les questions cruciales auxquelles il devait apporter une réponse pour progresser. Tout cela, i1 le notait dans son carnet. Un par enquête.
Andreas interrompit le médecin légiste, hautement concentré.
- Doc, quelle est l’heure du décès d’après toi ?
Le légiste était un personnage étrange et attachant. Étrange, car avec ses cheveux hirsutes qui ne connaissaient le peigne que de nom et ses lunettes aux verres plus épais qu’une vitre pare-balles il ressemblait à un savant fou, semblant la plupart du temps enfermé et perdu dans son propre monde. Et attachant pour les mêmes raisons. Il se jetait sur une dépouille avec l’enthousiasme d’une hyène affamée. C’était sa raison de vivre.
Penché au-dessus du cadavre, il leva la tête. Avec sa main gauche placée sur son menton, l’index sur la bouche, il marmonna une réponse.
- Hum... Le corps est raide comme une statue, de la tête aux pieds. Les mâchoires sont fortement contractées. La tête et le cou sont portés en arrière. La main droite présente des signes de crispation. Les jambes sont tendues. La rigor mortis semble être au maximum. La mort remonte donc à douze heures au moins.
Doc aimait employer des mots latins et scientifiques pour se rendre intéressant. Cela l’amusait beaucoup d’observer les visages déconfits de certains policiers qui faisaient semblant de comprendre son jargon. Il en était tout autrement d’Andreas et Karine, qui le pratiquaient depuis quelques années. C’était devenu une sorte de jeu entre eux.
Le légiste appuya ensuite son doigt sur une des zones violacées du corps.
- La livor mortis... Euh, les lividités cadavériques, pour ceux pour qui la langue latine reste un mystère, précisa-t-il avec un sourire en coin, ne sont pas fixées. Ce sont les taches violacées que vous pouvez apercevoir sur différentes parties du corps. La zone de lividité sur laquelle j'ai appuyé avec mon doigt a chassé le sang accumulé, et la peau a repris une teinte blanche. C’est seulement après quinze à dix-huit heures que les lividités sont complètement fixées et ne s’effacent plus sous la pression du doigt.
Doc prenait un malin plaisir à réexpliquer à chaque occasion les principes de la science forensique et à expliciter comment il arrivait à ses conclusions. C’était sa manière de procéder.
Il sortit le thermomètre qu’il avait introduit dans le corps de la victime.
- Vingt-sept degrés. L’algor mortis...
- Le refroidissement cadavérique, traduisit Karine pour montrer qu’elle avait retenu ses leçons.
- … est un équilibrage entre la température du corps et celle de son environnement. Une régulation thermique. Partant du principe que la température baisse d’un degré toutes les heures dès deux heures après le décès jusqu’à la dixième heure et ensuite d’un demi-degré… Voyons… Je dirai… La mort remonte à dix ou douze heures au minimum. Probablement hier dans la soirée.

 

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Tietie007 28/11/2020 14:41

Je suis souvent déçu par les romans policiers ...voici ceux que j'aime bien :

https://www.youtube.com/watch?v=j504LRu4zYU