Au détour d'un livre

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Et vous avez eu beau temps ? de Philippe Delerm

Et vous avez eu beau temps ? de Philippe Delerm

Résumé :

Est-on sûr de la bienveillance apparente qui entoure la traditionnelle question de fin d'été : "Et...vous avez eu beau temps ?" Surtout quand notre teint pâlichon trahit sans nul doute quinze jours de pluie à Gérardmer...
Aux malotrus qui nous prennent de court avec leur "On peut peut-être se tutoyer ?", qu'est-il permis de répondre vraiment ?
A la ville comme au village, Philippe Delerm écoute et regarde la comédie humaine, pour glaner toutes ces petites phrases faussement ordinaires, et révéler ce qu'elles cachent de perfidie ou d'hypocrisie. Mais en y glissant également quelques-unes plus douces, Delerm laisse éclater son talent et sa drôlerie dans ce livre qui compte certainement parmi ses meilleurs.

RENTRÉE LITTERAIRE JANVIER
Auteur : Philippe Delerm
Nombre de pages : 176
Editeur : Le Seuil
Collection : ROMAN FR.HC
Date de parution : 4 janvier 2018
Prix : 15€ (broché) - 10.99€ (epub, mobi)
ISBN : 978-2021342789

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Avis / Critique
 

Le quatrième de couverture attribue à Philippe Delerm l’invention de « l’instantané littéraire », genre dans lequel il essaye de capter, en quelques lignes, un instant, une émotion, une impression.
Ici, son point de départ, ce sont des petites phrases, comme le souligne le sous-titre du livre « la perfidie ordinaire des petites phrases ».

De quelles petites phrases s’agit-il ? Pour la plupart, ce sont les expressions toutes faites que l’on lâche sans trop réfléchir dans la conversation : « Et tu n’as rien senti venir ? », « C’est pas pour nous », « En même temps, je peux comprendre », « Passez un texto en arrivant »… D’autres phrases le sont moins : « Il manque le fils Boudingras », référence à une amie collectionneuse de jeux des sept familles, ou « celui qui l’a fait ne nous l’a pas vendu », qui vient de la bouche de la gouvernante de Marcel Proust.

Pour chacune de ces phrases, l’auteur décortique le sens caché, l’intention – parfois perfide mais pas toujours – qu’elle exprime. Il évoque aussi le contexte dans lequel ces phrases sont dites : un retour de vacances, une visite chez des amis, l’admiration d’un petit frère pour son ainé…
On pourrait penser, à la lecture du sous-titre, qu’il s’agit d’un livre misanthrope. C’est tout le contraire : la perfidie y est gentille, l’hypocrisie innocente. Et bien souvent il ne s’agit que de tendresse ou d’amour.

 

Le programme est donc alléchant. Malheureusement on est un peu déçu à la lecture...

Peut-être est-ce parce que les textes sont trop courts : Ils font en moyenne deux pages, et écrits en gros en plus. Même la présente chronique pourrait être plus longue. Du coup, ça ne laisse pas toujours le temps de développer suffisamment une atmosphère ou une émotion.

C’est aussi sans doute parce que la plupart des textes semblent être écris pour des happy fews, habitant Paris, vivant dans une certaine aisance matérielle, élégamment cultivés mais pas trop, passant leur vacances en Normandie. Autoportrait de l’auteur ? Tout ça manque un peu de diversité. Certes, il y a une foule d’autres livres à qui on pourrait faire le même reproche, mais sur celui-ci c’est particulièrement flagrant à cause de l’utilisation fréquente du « on » comme sujet, qui nous associe à l’auteur.
 

Il est possible qu’en ne lisant qu’un texte par jour, on peut éviter de ressentir cette impression d’être toujours dans le même univers… À essayer.

Suggérons à Philippe Delerm, si il fait une suite à ce livre, d’y ajouter « C’est une bonne idée, mais je suis déçu par la réalisation »

 

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Extrait :

Je le lis chez ma coiffeuse

« C’est bon, la honte ! » affirme dans une publicité pour un yaourt à la blancheur céleste une jeune femme au regard envoûtant-envoûté, léchant sa cuillère en perversion confuse. Beaucoup moins facile d’avouer la honte d’avoir lu les potins de la société, de s’être régalé du poids – bien relatif – des mots, et du choc – souvent succulent – des photos. Il y a des journaux qu’on arbore – certain hebdomadaire satirique paraissant le mercredi, par exemple, dont les acheteurs, surtout mâles, adorent déployer les pages dans le métro, dans le train. Ils ont raison. On ne leur aurait pas nécessairement prêté à priori cette belle intrépidité critique que leur lecture annonce et certifie.

Mais pour ce qui est de ce magazine tout aussi hebdomadaire évoquant l’intimité des célébrités les plus variées, la consommation exhibitionniste est beaucoup moins pratiquée. Rien de scandaleux pourtant dans ces reportages policés, réalisés avec l’accord manifeste des vedettes de la politique, de la télévision, du cinéma, de la chanson. Elles n’y révèlent guère que ce qu’elles ont envie de montrer : une image de leur vie le moins luxueuse, le moins scabreuse possible. C’est étonnant comme tous ces gens qui tiennent à assumer un destin de star souhaitent en même temps paraître simples, sains, normaux. Ils jouent avec leurs enfants, font leurs courses et parfois la cuisine. Ils sont comme nous.

Pourquoi dès lors cette gêne à révéler qu’on est gourmand de leur actualité modeste et sensationnelle ? L’article dit bien que cette maman patiente qui lit une histoire à son petit garçon va remplir l’Olympia pendant trois semaines. Mais c’est ainsi. On dit : « Je le lis seulement chez ma coiffeuse » comme si ce temps d’attente était une petite bulle de superficialité autorisée. On est là pour être plus beau, il y a une forme d’humilité à le reconnaître, alors on a le droit aussi d’être un peu plus bête. On feuillette, on remarque en souriant que c’est à chaque fois pareil, le truc de Claire Chazal pour paraître jeune et branchée c’est de marcher pieds nus sur sa moquette, n’empêche, j’aimerais bien avoir sa silhouette. Mais c’est tout un boulot, ces gens-là passent un temps fou en salle de sport ou au hammam ; on en parle avec la coiffeuse, qui n’est pas mal non plus. On ne sait plus très bien où commencent la normalité, le bon sens, la simplicité, la sophistication. Ce magazine est fascinant et stupide, il m’attire et je le déteste, je le lis seulement chez ma coiffeuse.

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