Au détour d'un livre

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Marcas, de Eric Giacometti et Jacques Ravenne

Marcas, de Giacometti et Ravenne

 

Résumé : Paris, palais de l’Élysée. La cérémonie de passation de pouvoir est en train de se terminer quand on révèle au nouveau chef d’État l'existence du cinquième rituel. Un secret qui ne se transmet qu’entre présidents. Un mystère que nul n’a jamais percé.

Auteur : Eric Giacometti et Jacques Ravenne
Nombre de pages : 432
Édition : JC Lattès
Date de parution : 13 octobre 2021
Prix : 22€ (Broché) - 15.99€ (epub, mobi)
ISBN : 978-2709663328

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Avis / Critique :

On l'attendait depuis longtemps et le voici arrivé, le nouvel opus des aventures de notre commissaire préféré, Marcas. Et voilà que nous nous retrouvons le jour où le nouveau président de la France rentre en fonction. Son prédécesseur lui fait part d'une information dont personne en-dehors des présidents n'ont entendu parler : le 5ème rituel. 
1214. Au moyen-âge, le Château de Castelrouge, à Turnac, en Dordogne. La châtelaine a vu son mari mourir lors de la dernière croisade. Folle de douleur, elle fait torturer et assassiner des pèlerins qui reviennent du sanctuaire de Rocamadour jusqu'à ce que l'inquisition et un chevalier s'en mêlent. Alix de Turenne, la propriétaire de la demeure trouve refuge dans les tunnels du château avant d'y mourir mystérieusement. Quel mystère se cache dans les tréfonds de la demeure ? Et qui est ce fantôme qui hante les nuits des différents descendants d'Alix de Turenne et se venge  en les faisant passer de vie à trépas ? Que cache la peinture qui représente le jardin d’Éden mais dont Adam, et la pomme sont absents ?
 
De nos jours, Marcas, remis de la tentative d'assassinat dont il a été l'objet reprend du service quand un franc-maçon est retrouvé tué dans une salle du conservateur du Grand Orient. L'homme semblait connaitre son assassin qui s'est emparé d'ouvrages de la franc-maçonnerie mais aussi de plusieurs feuillets dont l'un est manquant. Ces feuillets parlent d'un certain... cinquième rituel.
Enquêtant sur la mort du frère franc-maçon, Marcas comprend très vite qu'il ne s'agit que d'un leurre et que cela recouvre un secret. Et voilà que le frère obèse fait sa réapparition et lui demande de partir à la recherche du dernier feuillet. Une piste va le mener alors jusqu'à Moscou... mais pas seul. Un couple de tueurs à gages sont eux aussi sur la même piste et ils ne comptent pas laisser Marcas et sa collègue Alice s'en tirer à si bon compte. Une course poursuite s'engage alors entre les différents protagonistes de ce thriller.

En-dehors de la fin qui est quelque peu décevante et sa conclusion rapide et à mon sens plus que déconcertante, on peut dire que ce Marcas est globalement réussi. Pas de temps mort, l'action est omniprésente et le fait d'avoir découpé le livre en deux temps : celui du présent et celui autour de la famille des Turenne amène une plus-value à l'ensemble. D'autant que la légende et la malédiction qui entourent le château de Castelrouge s'étalent sur des siècles et sont narrés au travers des différentes générations de Turenne en passant du Moyen-Age, à la révolution française puis à la seconde guerre mondiale pour s'achever de nos jours. Avec en guest-star, un célèbre invité.

Pas de déception donc en dehors de la fin. Jacques Ravenne et son acolyte Eric Giacometti nous livrent une nouvelle fois une histoire bien menée, avec en toile de fond un mystère maçonnique et historique qui pourrait changer la présidence française. Les deux auteurs ne manquent pas également de faire quelques allusions à la cancel culture, la dénonçant à leur façon et font un clin d’œil à la médium Anne Tufigo. On devine également dans le personnage du président, un double d'Emmanuel Macron et avec son personnage, les auteurs se sont faits plaisir.

A lire pour tous les aficionados des aventures du commissaire Marcas.

 

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Extrait :

La pendule dorée, style Napoléon III, sonna quatre heures trente. Il s’était écoulé un peu plus d’une demi-heure, pendant laquelle les deux hommes assis l’un en face de l’autre avaient échangé sur les questions urgentes en cours. Situation économique, terrorisme, échanges internationaux… Leurs conseillers respectifs avaient préparé les dossiers, deux jours plus tôt, pour accélérer la passation des pouvoirs. Le lauréat était lui aussi un homme de dossiers, son intelligence aiguisée ne laissait aucune place à l’imprécision. Quant à la transmission des codes nucléaires, il avait été étonné de son aspect presque banal. Une valise, des codes, un protocole.
— Je crois que nous avons fait le tour de la question, lança le président encore en exercice. Voulez-vous un rafraîchissement avant de me raccompagner ? Un alcool ? Je cache un petit armagnac de premier choix. Il m’a aidé à prendre bien des décisions difficiles.
— Avec plaisir. Je ne conduis pas.
L’autre sourit et alla chercher une bouteille dans un placard.
— Il y a cinq ans, j’étais assis à votre place, piaffant à l’idée de prendre ce poste. C’était une belle journée ensoleillée comme aujourd’hui… J’ai l’impression que c’était hier. Les humains voient le temps passer, le temps voit les humains passer.

Le lauréat avala son armagnac et le reposa sur la table. L’impatience le gagnait. Il espérait que son interlocuteur aurait la décence d’abréger ses souvenirs et ses maximes existentielles. Mais le protocole exigeait qu’il fasse bonne figure, jusqu’au moment où il le raccompagnerait pour son départ ultime. C’était toujours le passeur de flambeau qui restait le maître du temps.
— Je me revois contemplant tout ce luxe. Toutes ces dorures m’éblouissaient...
Le président lapait son armagnac avec lenteur, comme pour faire durer le plaisir. Il finit par poser son verre à son tour.
— Je vous ennuie, désolé.
— Pas du tout, mentit le nouvel élu.
— Je vous souhaite de réussir dans toutes vos ambitions. Ce n’est jamais facile d’exercer cette fonction.
— Je ne doute pas d’avoir bientôt une majorité forte et soudée à l’Assemblée, qui me permettra de faire passer les réformes d’avenir dont ce pays a besoin. Les Français sont prêts.
— Je ne le crois pas. Nos compatriotes s’enthousiasment à chaque élection, ils veulent croire aux changements, mais au fond de leur cœur, ils n’en veulent pas. Je parle d’expérience. Le désenchantement c’est comme les rides, ça arrive plus vite qu’on ne le croit.
— Et moi, je veux rendre l’espoir aux Français. Qu’ils s’émerveillent à nouveau.
Le président le regarda fixement, presque étonné.
— Émerveiller les Français… J’y ai cru moi aussi. Ça ne dure pas longtemps. Le vent tourne. Vous verrez. C’est d’ailleurs une excellente transition pour vous transmettre le cinquième rituel.
— Pardon ?
— Le cinquième rituel. Depuis le général de Gaulle, chaque président le transmet à son successeur. Comme pour le code du feu nucléaire. Toujours à la fin de la passation des pouvoirs.
Le nouvel élu fronça les sourcils. Jamais personne n’avait évoqué cette consigne. Et en plus, il connaissait par cœur les réformes d’avenir dont ce pays a besoin. Les Français sont prêts.
— Je ne le crois pas. Nos compatriotes s’enthousiasment à chaque élection, ils veulent croire aux changements, mais au fond de leur cœur, ils n’en veulent pas. Je parle d’expérience. Le désenchantement c’est comme les rides, ça arrive plus vite qu’on ne le croit.
— Et moi, je veux rendre l’espoir aux Français. Qu’ils s’émerveillent à nouveau.
Le président le regarda fixement, presque étonné.
— Émerveiller les Français… J’y ai cru moi aussi. Ça ne dure pas longtemps. Le vent tourne. Vous verrez. C’est d’ailleurs une excellente transition pour vous transmettre le cinquième rituel.
— Pardon ?
— Le cinquième rituel. Depuis le général de Gaulle, chaque président le transmet à son successeur. Comme pour le code du feu nucléaire. Toujours à la fin de la passation des pouvoirs.
Le nouvel élu fronça les sourcils. Jamais personne n’avait évoqué cette consigne. Et en plus, il connaissait par cœur le parcours hors du commun de De Gaulle, l’homme de l’appel du 18 Juin, le chef de la France libre, le père fondateur de la Ve République. Un géant qui projetait encore sa lumière sur l’histoire de France. Et ses zones d’ombre aussi. Le lauréat avait lu ses Mémoires et il ne se souvenait pas d’un récit sur un cinquième rituel.
— Comment se fait-il que je n’en aie jamais entendu parler ?
— Personne n’est mis dans la confidence, excepté les présidents et leurs conseillers les plus proches. Pas de trace écrite, aucun dossier, aucun fichier.
— Vous m’intriguez…
— Avant de vous exposer ce qui va suivre, je tiens à préciser un élément important. Je vous le dis clairement : je n’y ai jamais cru une seule seconde. Je suis un esprit rationaliste. La mystique de la patrie ne fait pas partie de mon ADN. Je n’ai jamais été comme de Gaulle, persuadé qu’il avait été choisi par la providence en 1940 pour incarner la France libre face à Pétain.
— Et fonder notre Ve République en 1958 ! Un grand homme, répondit le lauréat qui lui aussi croyait en la providence.
— Je ne fais pas partie de ses admirateurs béats… Bref, le général a exigé que ses successeurs se transmettent ce cinquième rituel.
L’horloge tinta à nouveau. À l’extérieur, le soleil se voila subitement, comme si un drap sombre était tombé sur l’Élysée, l’histoire de France. Et ses zones d’ombre aussi. Le lauréat avait lu ses Mémoires et il ne se souvenait pas d’un récit sur un cinquième rituel.
— Comment se fait-il que je n’en aie jamais entendu parler ?
— Personne n’est mis dans la confidence, excepté les présidents et leurs conseillers les plus proches. Pas de trace écrite, aucun dossier, aucun fichier.
— Vous m’intriguez…
— Avant de vous exposer ce qui va suivre, je tiens à préciser un élément important. Je vous le dis clairement : je n’y ai jamais cru une seule seconde. Je suis un esprit rationaliste. La mystique de la patrie ne fait pas partie de mon ADN. Je n’ai jamais été comme de Gaulle, persuadé qu’il avait été choisi par la providence en 1940 pour incarner la France libre face à Pétain.
— Et fonder notre Ve République en 1958 ! Un grand homme, répondit le lauréat qui lui aussi croyait en la providence.
— Je ne fais pas partie de ses admirateurs béats… Bref, le général a exigé que ses successeurs se transmettent ce cinquième rituel.
L’horloge tinta à nouveau. À l’extérieur, le soleil se voila subitement, comme si un drap sombre était tombé sur l’Élysée, plongeant le salon dans une quasi-pénombre.
— Ce dont je suis obligé de vous parler va vous paraître bien étrange venant de la bouche d’un président. Je vais vous révéler la nature de ce cinquième rituel, mais c’est un secret qui n’est que partiellement découvert et je n’ai pas le mot de la fin. Libre à vous de le trouver ou pas. Voilà, tout remonte à juin 1940, la France est vaincue par l’Allemagne nazie, Paris est occupée, la République vit ses derniers jours. C’est alors qu’un certain Charles de Gaulle va surgir presque de nulle part…
 

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