Nietzsche au Paraguay, de Christophe et Nathalie Prince

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

 

Résumé : Paraguay, 1886. Virginio Miramontes, un aventurier solitaire, est recueilli en pleine jungle dans une étrange colonie peuplée d'une poignée de familles allemandes. C'est le projet fou d'Elisabeth Nietzsche, sœur du célèbre philosophe, et de son mari, le lugubre docteur Förster. Tous deux rêvent de créer dans ces terres vierges une nouvelle Allemagne digne de l'utopie aryenne balbutiante.

Auteurs : Christophe et Nathalie Prince
Nombre de pages : 384
Editeur : Flammarion
Collection : FICTION FRANCAI
Date de parution : 13 février 2019
Prix : 19.90€ (Broché) - 12.99€ (epub, mobi)
ISBN : 978-2081427549

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Avis / Critique :


Ce livre, avec ce titre, ne parle pas du philosophe, mais de sa sœur, Elisabeth Nietsze, mariée au Dr Förster, le fondateur de la Nueva Germania (Försterland) en Amérique du Sud.
Nous suivons, au travers des yeux de deux protagonistes - le docteur Förster, et Virginio le capitano américano - le récit de ce nouveau lieu et la vie des gens qui l'occupent ceint par des indigènes qui tuent et dévorent pour défendre notamment leurs terres de ces colons. Des indigènes persécutés non seulement par les Allemands qui érigent des barrières pour ne plus les laisser pénétrer sur leur territoire conquis, mais également brutalisés par un général fou et sadique de l'armée paraguayenne dont à fait partie Virginio.

Le parallèle est fait de cette manière par l'auteur entre ce qui arrivera dans l’Allemagne nazi avec les juifs (ici présent par l'antisémitisme prégnant des occupants du camp, avec au premier plan le mari et la sœur de Niestze) qui sont décidés à construire une cité aryenne au cœur de la forêt et à chasser les indigènes cannibales impurs (sauf un jeune garçon aux cheveux roux jugé comme futur possible de cette tribu et capturé par le docteur).

Le lecteur va donc faire la connaissance de cette entité allemande du Paraguay, eldorado aryen précurseur de ce que souhaitera plus tard, Hitler. Par les yeux de Virginio dont nous lisons les bribes de journal, nous découvrons la vie en société de cette Nueva Germania, nichée dans la forêt, dans des baraquements de fortune, où l'argent est remplacé par le troc (selon Föster, l'argent et le négoce sont deux choses impures inventées par les juifs), où les gens peinent à se nourrir, sont cernés par les cannibales, peinent à cultiver des terres marécageuses, et où Förster, le maitre des lieux se conduit en monarque auprès de ses ouailles aryennes bercées de fausses illusions.
C'est l'histoire de cette désillusion, de ce marasme issu de la tête d'un médecin antisémite qui va tourner au drame, à la catastrophe, tuant ses occupants en leur ayant promis le paradis et en leur donnant en fait l'enfer, que nous narrent Christophe et Nathalie Prince.

Le postula du livre est, il faut le dire, intéressant au départ. Le contenu, malheureusement, du  moins au début peine à être captivant par son style brouillon. Comprendre et voir les fondations de la Nueva Germanica par la sœur de Nietsze avait de quoi faire un bon livre. On se demande alors pourquoi les auteurs ont choisi de partir du journal du soldat Virginio mêlant différentes temporalités, différentes histoires, différents personnages, si bien qu'on ne sait plus parfois qui raconte quoi, qui fait quoi, où nous en sommes.
Cela s'améliore heureusement par la suite où le lecteur se met à suivre Virginio, recueilli par Förster qui découvre le fonctionnement de cette Nueva Germanica et va vivre les conséquences de la folie d'un homme, mené par son rêve antisémite. 
On ne comprend par contre pas trop ce que viennent faire les lettres épistolaires du philosophe Nietsze à sa sœur, qui concerne ses propres désirs de grandeur et non pas Nueva Germanica et donc n'apporte rien au contenu sinon à souligner l'antagonisme de celui-ci par rapport à Förster. Là, où Niestze rêve d'une Allemagne juive (et se trouve en Allemagne en voulant désespérément être ailleurs), Förster rêve d'une Allemagne aryenne (et est obligé de la bâtir hors de sa patrie chérie).

Je suis vraiment mitigée quant à la lecture de ce livre. J'en ai aimé certains parties, d'autres m'ont ennuyées. A chacun finalement de se faire sa propre opinion et, pourquoi pas, d'en laisser quelques lignes dans la section "commentaire" ci-dessous. 

 

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Nietszche au paraguay, de Christophe et Nathalie Prince "audetourdunlivre.com"

Extrait :

1

Journal de bord du capitaine
Virginio Miramontes

30 avril 1888.

Aujourd’hui, rien ; je veux dire, « rien à signaler » comme dit Pedro. Néant absolu. Mais nous devons absolument rester vigilants. Pluie toute la journée. [Dernière page du journal de bord du capitaine Virginio Miramontes.]  

2

Rouge

Rouge. Du rouge partout : rouge sur le nez, dans les yeux, rouge sur les lèvres, un rouge avec un sale goût de terre.
Et la tête qui cogne.
— Pedro ?
Et la tête qui saigne. Il sent des bestioles qui lui escaladent le visage pour s’agglutiner sur le front et le haut du crâne, là où pisse le sang : moustiques, fourmis noires, mouches, cloportes, ils font la queue, c’est la curée, ils se battent pour lui siphonner la cervelle. Mais d’où viennent-ils ? Sa main pèse cent livres, impossible de la bouger, sinon il se mettrait des claques et ferait de la bouillie de tous ces vautours. Ses paupières aussi sont lourdes.
Ne pas s’endormir.
Il rouvre les yeux : rouge la rivière, et rouges les arbres… Ne pas s’endormir. Quand ils ont attaqué, ces salauds jappaient comme des chacals, des chacals morts de faim. « Yap-yap ! » et « youp-youp », et bis et re-bis : il les entendait plutôt qu’il ne les voyait. Les lances, les flèches
jaillissaient des arbustes, dans tous les sens, et tombaient comme une pluie d’été autour d’eux, sur la rivière, sur la pirogue, faisant percussion, sur Pedro aussi, sur Francisco et sur Julio, et sur lui-même. Mon Dieu, qu’elle est lourde cette fichue lance ! La pointe fichée profondément dans son flanc droit. Il la tâte : du bois de quebracho, un bois lourd comme l’acier. Du coin de l’œil, il peut apercevoir sa hampe sombre dressée vers le ciel, et les longues plumes qui la parent. Rouges, les plumes. Ouaip, des chacals ! Des semaines qu’il leur court après, et il n’en a même pas vu un seul. Des fantômes, ces types.

Rouge, le ciel. La douleur devient insupportable, cuisante. Elle le cloue sur place, au fond de cette pirogue, dans cette mare d’eau mêlée de sang, le sien, mais celui de Pedro aussi, de Francisco et de Julio.

La douleur, la lance, il a l’impression qu’une armée de singes le halent depuis la berge ! Des blessures, il en a eu son lot. Bataille de Tuyuti, en 1866 : une balle lui a traversé l’épaule, lui explosant l’omoplate ; bataille d’Abay, hiver 1868 : une balle de mousquet lui sectionne l’annulaire de la main gauche ; et à Lomas Valentina, quelques jours après, des débris d’un obus manquent de lui sectionner la jambe droite. Il en conserve une légère claudication, et des rhumatismes de vieillard. Mais aucune de ces blessures ne lui a tiré de tels tourments.
— Pedro ?
Crucifié, planté contre la pirogue comme une figure de proue, le visage tourné d’un quart vers la berge qui glisse doucement devant lui, il ne parvient pas à distinguer l’arrière de la pirogue. Pedro est-il encore là ? Derrière lui ? Il ne l’entend pas. Il ne l’entend plus. Francisco, lui, est parti ; il est tombé dans l’eau boueuse de la rivière dès le début de l’assaut, hérissé d’une demi-douzaine de flèches tel un saint Sébastien en son martyre. Il a plongé vers le fond immédiatement, tête la première, pas un mot, pas une plainte : une pierre. À son tour, Julio a hurlé, il a gémi et crié à chacune des flèches qui le touchaient : d’abord au cou, traversé de part en part, puis aux bras, dans le bide et finalement dans l’œil, et il s’est tu alors, basculant doucement par-dessus bord et s’en allant en aval du fleuve : un vieux tronc sec. La rivière, tout autour d’eux, a viré au rouge foncé, dessinant des veines et des marbrures cerise dans l’eau boueuse.
— Pedro ?
Pedro, le fidèle Pedro. Il se souvient de ses cris, des cris rageurs puis des cris étranglés, mais rien d’autre. Est-il mort ? Agonise-t-il à quelques centimètres de lui sans qu’il le sache ?

Quant à lui, dès le début de l’attaque il a plongé dans le fond de la pirogue, pour se protéger d’abord, et pour sortir son Henry, ensuite. Une seule balle sortant du long canon acier de cet engin peut tuer un puma ; il a entendu parler de bison abattu d’un seul coup à une lieue de distance. Mais pas eu le temps de le charger que cette saloperie de lance, bois noir et pointe en pierre nouée par des fils de chanvre, le perforait. Tout de suite, le souffle coupé, et une douleur intense, lourde, granitique qui l’a écrasé vers le fond du bateau, les mains crispées sur le fusil impuissant qui plongeait dans la rivière. Il a senti sur ses mains l’eau froide, puis le canon du fusil s’enfoncer dans la vase. Alors il a poussé sur la crosse, de tout son poids, jouant au gondolier, poussant encore, et la pirogue s’est éloignée de la berge et des jajapeos de ces chacals pour glisser dans un courant plus rapide. Ça les a sauvés. Ça l’a sauvé.

Il se souvient.

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