La disparition de Josef Mengele, d'Olivier Guez

Publié le par AU DETOUR D'UN LIVRE-LITTERATURE

La disparition de Josef Mengele, d'Olivier Guez

Résumé : 1949  : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit…

Prix Renaudot 2017

Auteur : Olivier Guez
Nombre de pages : 240
Editeur : Grasset
Collection : Littérature Française
Date de parution : 16 août 2017
Prix : 18.50€ (Broché) - 12.99€ (epub, mobi) - 14.40€ (occasion)
ISBN : 978-2246855873

 

Avis / Critique :

Olivier Guez s'est attaché dans son livre "La disparition de Josef Mengele" a retracé la fuite du médecin nazi digne héritier du docteur Moreau de H.G Wells qui rêvait de percer les secrets de la gémellité, de produire des surhommes, de rendre les Allemandes plus fécondes et défendre par ce biais la race nordique. Pour "ses travaux", quatre cent mille hommes seront envoyés à la chambre à gaz et torturés.

Comment cet homme, entré au parti nazi en 1937 dans l'association des médecins parviendra-t-il à sauver sa peau jusqu'à sa mort, en 1979 bien loin des terres allemandes ?
C'est le sujet du livre d'Olivier Guez qui nous donne la réponse :
Grâce à d'incroyables concours de circonstances dont le premier est le simple refus de se faire tatouer son numéro de matricule sous les aisselles comme l'exigeait le règlement nazi, ce qui lui permettra à la fin de la guerre de se faire passer pour un simple soldat et quitter la Pologne avec de faux papiers. Planqué en Bavière, Mengele devient Helmut Gregor et grâce à la Croix-Rouge internationale débarque à Buenos Aires, avec dans sa valise des seringues hypodermiques, ses cahiers de notes, des plaquettes de cellules, et des échantillons de sang.
Paumé dans cette ville qu'il ne connait pas, on apprend qu'il y croise tour à tour des nazis, des ultranationalistes, des fascistes et même des vichystes.
A 38 ans, il lui faut refaire sa vie, parler espagnol et mettre la main sur un agent du réseau. En attendant, il vit dans une chambre avec deux Calabrais. 
Il parvient à obtenir un titre de séjour et devient charpentier, refusant de parler l'allemand pour ne pas se faire repérer.
Finalement, il se lie d'amitié avec le fondateur des éditions Dürer, Fritsch, et rencontre un SS Hollandais, Sassen à qui il révèle pour la première fois son identité et son histoire.
La roue tourne, sa famille restée en Allemagne le désigne pour prospecter en Argentine et vendre les machines agricoles Mengele. Le voilà commercial en Nueva Germania, la ville fondée par Elizabeth Nietzsche, sœur du philosophe et antisémite fanatique.
En 1953, Gregor-Mengele est riche grâce à la manne financière assurée par sa famille et par les machines qu'il vend dans la province de Santa Fe et du Paraguay. Divorcé grâce au tribunal de Düsseldorf, Karl Senior, son père lui propose alors d'épouser sa belle-soeur, Martha afin de garder les parts de l'entreprise dans la famille. Il accepte. Elle emménage avec lui et son fils, Rolf, qui pensera longtemps que Joseph Mengele était son oncle.
 
Mais Mengele jusque là tranquille se fait doucement rattraper par son passé. Un journaliste allemand porte plainte contre lui en Allemagne pour meurtres prémédités et tentatives de meurtres, et surtout le Mossad se met à le traquer. Il part se réfugier en Nueva Bavaria avec femme et enfants. Mais celle-ci l'abandonne et repart pour l'Allemagne.

En 1959, un mandat d'arrêt est lancé contre Mengele qui aboutira l'année suivante à la capture de Lothar Hermann, accusé à tort d'être le médecin des camps. Mengele à l'affut, change de résidence tout le temps, se sent en danger. Les nazis Krug et Rudel le conduisent en jeep à la frontière brésilienne où il est conduit en Nova Europa, à 300 kms de Sao Paulo chez un couple où il sera nourri, blanchi, logé en contrepartie de son travail. Là, il vit entouré de chiens qu'il a dressés et se fait construire un mirador de six mètres d'où il peut voir à des kilomètres à la ronde. 
En 1968, les Stammer qui le logent veulent vendre la ferme de Serra Negra et déménager. Klaus Barbie lui propose de l'accueillir alors en Bolivie.
Mengele refuse.
Il suit les Stammer à Sao Paulo et entreprend des travaux de fortification dès son arrivée. Il retrouve des nazis et s'autorise quelques sorties. Peu à peu ses forces déclinent. Il a été opéré de l'estomac, sa prostate enfle, sa vue baisse, ses dents le torturent. Pour sa famille, Mengele est devenu un fardeau, mais le clan ne l'abandonne pas. Les enjeux financiers sont trop grands.
Après s'être disputé avec les Stammer, Mengele se réfugie dans un appartement délabré et se renferme sur lui-même et sombre dans la paranoïa. Il a peur d'être démasqué, capturé par le Mossad qui le recherche. Des dizaines de milliers de dollars sont offerts pour sa capture. Il s'effondre. Sa santé se détériore rapidement.
Le 7 février 1979, il entre dans l'eau turquoise et se noie. 

Le livre d'Olivier Guez vaut bien son Renaudot. L'auteur a pris soin de nous raconter avec moult détails et d'anecdotes les pérégrinations de Josef Mengele à travers toute l'Amérique du Sud. On suit pas à pas le parcours de ce médecin meurtrier, on partage les lamentations de son paradis perdu, ses peurs, ses maladies, ses déboires...
C'est aussi et surtout l'occasion de voir combien les États qu'ils soient allemand, argentin, brésilien ont fermés les yeux sur les crimes fomentés par tous ces nazis qui n'ont pas ou peu été pourchassés et souvent ont été aidés dans leur fuite. C'est aussi se rendre compte combien Mengele a eu la chance d'en réchapper pour finalement mourir de vieillesse grâce, le plus souvent, à des intérêts politiques qui ont pris le pas sur la chasse à l'homme fomentée par le Mossad.

Un livre très complet et savamment romancé. Un très bon cru 2017.
 

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Extrait :  

1.

Le North King fend l’eau boueuse du fleuve. Grimpés sur le pont, ses passagers scrutent l’horizon depuis l’aube et maintenant que les grues des chantiers navals et la ligne rouge des entrepôts du port percent la brume, des Allemands entonnent un chant militaire, des Italiens se signent et des juifs prient, malgré la bruine, des couples s’embrassent, le paquebot arrive à Buenos Aires après trois semaines de traversée. Seul sur le bastingage, Helmut Gregor rumine.

Il espérait qu’une vedette de la police secrète viendrait le chercher et lui éviterait les tracasseries de la douane. À Gênes, où il a embarqué, Gregor a supplié Kurt de lui accorder cette faveur, il s’est présenté comme un scientifique, un généticien de haut vol, et lui a proposé de l’argent (Gregor a beaucoup d’argent) mais le passeur a esquivé en souriant : ce genre de passe-droit est réservé 

aux très grosses légumes, aux dignitaires de l’ancien régime, rarement à un capitaine de la SS. Il enverra quand même un câble à Buenos Aires, Gregor peut compter sur lui.

Kurt a empoché les marks mais la vedette n’est jamais venue. Alors Gregor patiente dans le gigantesque hall de la douane argentine avec les autres émigrants. Il tient fermement deux valises, une grosse et une petite, et toise l’Europe exilée alentour, les longues files d’anonymes élégants ou débraillés dont il s’est tenu à l’écart pendant la traversée. Gregor a préféré regarder l’océan et les étoiles ou lire de la poésie allemande dans sa cabine ; il a passé en revue les quatre dernières années de sa vie, depuis qu’il a quitté en catastrophe la Pologne en janvier 1945 et s’est noyé dans la Wehrmacht pour échapper aux griffes de l’Armée rouge : son internement de quelques semaines dans un camp américain de prisonniers, sa libération parce qu’il possède de faux papiers au nom de Fritz Ullmann, sa planque dans une ferme fleurie de Bavière, non loin de Günzburg, sa ville natale, où il a coupé les foins et trié des patates pendant trois ans en se faisant appeler Fritz Hollmann, puis sa fuite à Pâques, deux mois plus tôt, la traversée des Dolomites sur des chemins boisés de contrebandiers, l’arrivée en Italie, au Sud-Tyrol, où il est devenu Helmut Gregor, à Gênes enfin, où Kurt le bandit a facilité ses démarches auprès des autorités italiennes et de l’immigration argentine.

2.

Au douanier, le fugitif tend un document de voyage de la Croix-Rouge internationale, une autorisation de débarquement et un visa d’entrée : Helmut Gregor, 1,74 mètre, yeux brun vert, né le 6 août 1911 à Termeno ou Tramin en allemand, commune du Sud-Tyrol, citoyen allemand de nationalité italienne, catholique, profession mécanicien. Adresse à Buenos Aires : 2460 rue Arenales, quartier de Florida, c/o Gerard Malbranc.

Le douanier inspecte ses bagages, les vêtements méticuleusement pliés, le portrait d’une femme blonde délicate, des livres et quelques disques d’opéra, puis grimace en découvrant le contenu de la plus petite valise : des seringues hypodermiques, des cahiers de notes et de schémas anatomiques, des échantillons de sang, des plaquettes de cellules : étrange pour un mécanicien. Il appelle le médecin du port.

Gregor frémit. Il a pris des risques insensés pour conserver la mallette compromettante, fruit précieux d’années et d’années de recherches, toute sa vie, qu’il a embarquée en quittant précipitamment son affectation polonaise. Si les Soviétiques l’avaient arrêté en sa possession, ils l’auraient exécuté sans autre forme de procès. En route vers l’ouest, au printemps 1945 de la grande débâcle allemande, il l’a confiée à une infirmière compatissante qu’il a ensuite retrouvée dans l’est de l’Allemagne, en zone soviétique, une expédition démente,

après sa libération du camp américain et trois semaines de voyage. Il l’a transmise ensuite à Hans Sedlmeier, son ami d’enfance et l’homme de confiance de son industriel de père, Sedlmeier qu’il a rencontré régulièrement dans les bois autour de la ferme où il s’est terré trois ans durant. Gregor n’aurait pas quitté l’Europe sans sa mallette : Sedlmeier la lui a remise avant son départ en Italie avec une grosse enveloppe de cash à l’intérieur, et voici qu’un idiot aux ongles sales est en train de tout faire capoter, se dit Gregor, tandis que le médecin du port inspecte les échantillons et les notes à l’écriture gothique serrée. N’y comprenant rien, il l’interroge en espagnol et en allemand, le mécanicien lui explique sa vocation de biologiste amateur. Les deux hommes se toisent et le médecin, qui a envie de déjeuner, fait signe au douanier qu’il peut le laisser passer.

Ce 22 juin 1949, Helmut Gregor a gagné le sanctuaire argentin.

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